Une expédition à vélo : aller voir la mer depuis Paris.

Une expédition à vélo : aller voir la mer depuis Paris.


Cela fait un bout de temps que ce projet me trottait dans la tête. Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez magique et émouvant dans le vélo, car on peut aller très loin à la seule force de ses jambes. J’ai vécu une très belle aventure humaine et sportive de 222km (1712m d+), je n’ai qu’une hâte : recommencer et explorer d’autres belles régions françaises !

Partir de Paris et arriver là deux jours plus tard.

Je prends le parti de relater cette expérience par grandes thématiques car cela me semble plus pertinent qu’un récit purement chronologique.

L’itinéraire

Nous sommes partis à plusieurs mais l’initiative de cette escapade était un peu « mon bébé » alors je me suis chargée de l’organisation de A à Z (en m’efforçant d’écouter les envies et besoins de chacun). Des imprévus, je sais qu’il y en aura, mais je préfère tout mettre en œuvre pour éviter les imprévus du type « relou », en particulier concernant l’itinéraire.

Je possède un GPS de randonnée, avec affichage des fonds de carte en couleur, que je saucissonne à la potence de mon vélo à l’aide d’une chambre à air. Cet outil est extrêmement pratique et permet de ne pas s’arrêter à chaque intersection pour sortir la carte, ou de vider sa batterie de téléphone portable parce que l’appli GPS est énergivore. Avantage non négligeable de cet appareil : il fonctionne à pile, ce qui commence à être très rare à l’heure où tout se recharge par USB….Sauf que quand tu n’as pas de prise électrique à disposition, tu te retrouves comme une andouille. Pour le « wai mais c’est pas écolo les piles bla bla bla« , je réponds : les piles rechargeables ne sont pas pire qu’une batterie inamovible. Les piles ont tenu les 3 jours ( soit environ 20h d’utilisation, et elles sont encore bonnes.)

Mon très fidèle et rustique Garmin Etrex20.

Ce GPS n’est pas conçu pour établir des itinéraires de manière autonome et optimale pour le vélo (même si techniquement, il sait relier un point A à un point B par une route/chemin/sentier). Je crée donc mes itinéraires grâce à d’autres outils plus adaptés, que je charge ensuite dans la mémoire du GPS.

J’ai donc préparé avec soin et minutie « l’itinéraire idéal ». Cela peut être un peu long et fastidieux (selon le degré d’exigence et de personnalisation souhaité !) mais, croyez-moi, le temps passé à la préparation est largement couvert par le gain de temps et praticité une fois en selle. Les critères étaient : pas de routes passantes, pas de routes dangereuses, des pistes cyclables en milieu urbain et péri-urbain (nous avons traversé Beauvais), traversée de villages et paysages de caractère (les champs de betterave à perte de vue, ça c’est un sacré caractère !)…et surtout, moins de 90km/jour.

le tracé GPX est dispo en téléchargement ici !

Pour dessiner l’itinéraire, j’ai mon petit process que j’ai l’intention de partager dans un prochain article. En attendant, voici quelques indices : Google Maps, Géovélo, Komoot, zoner sur les blogs et beaucoup beaucoup de Google Street View. PS : J’aime beaucoup les cartes papier et le GPS ne remplace pas une carte papier. Le soir et à certaines pauses, nous regardions la carte IGN pour une vision plus globale du trajet accompli et à venir.

Vélo + train = galère

Une fois l’itinéraire prêt, il restait encore deux aspects logistiques à régler : l’hébergement et le retour en train.

L’hébergement a été rapidement et simplement réglé : une nuitée dans une chambre chez l’habitant (j’adore ce mode d’hébergement !) et une nuit dans la maison de vacances familiale au Tréport. Nous n’avons pas opté pour le camping car nous nous n’étions pas tous bien équipés pour les températures fraîches du début de l’automne (et on a bien fait comme ça !).

La réservation du train retour Corail Intercités avec 3 vélos non pliés m’a causé quelques sueurs froides, tout s’est finalement bien passé (coup de bol, ça aurait pu être infiniment plus galère). Bref, la SNCF n’est absolument pas vélo-friendly.

Cette remarque concerne le train intercités Boulogne-sur-Mer/Paris, mais je pense que c’est assez valable pour tous les « vieux » trains corail…

  • Sur le site ouisncf, on nous indique qu’il faut absolument cocher la case vélo déplié si on en a, sous peine de se voir refuser l’accès au train. Sauf que pour une raison que j’ignore le site indique que tous les emplacements vélo sont pleins (de TOUS les voyages jusqu’à dans 3 mois, pour une ligne peu fréquentée et en heures creuses hein…ça sent le bug à plein nez) et, bien évidemment, c’est bloquant pour acheter ses places.

    Quand le site ouisncf.fr m’annonce « impossible de finaliser votre achat. Les emplacement vélos sont complets »

  • Sur l’appli mobile ouisncf, on ne peut pas indiquer si on a un vélo ou pas. Cette option déclarative n’existe pas.
  • Sur Trainline il est clairement indiqué qu’on ne peut pas réserver son emplacement vélo

Solution choisie : Prendre les billets via l’appli, sur un train en heure creuse. Compter sur la clémence d’un éventuel contrôleur si souci en disant que…bah sur l’appli on ne m’a jamais laissé cocher vélo ou pas ! Bref, j’ai donc pris 3 billets « sans vélo ». Pour info (source : l’expérience d’un habitué), la voiture avec espace vélo est la 3 et/ou 13 et signalée par un pictogramme.

Dénouement : Nous avons réussi à mettre nos vélos dans le train, pas de remarque des contrôleurs. Ouf !

L’accès à l’espace vélo est une galère infinie (train très haut par rapport au quai, porte très étroite puis virage à 90°, il faut absolument ôter les sacoches sinon c’est impossible). Bien évidemment, nos places attribuées étaient à l’autre bout du train, et aucun strapontin prévu à côté de l’espace vélo. Par chance, nous avons trouvé un compartiment libre pas trop loin, ce qui nous a permis de jeter un œil lors des arrêts en gare. Bonus : heureusement que nous nous arrêtions au terminus, car si un vélo se retrouve au fond de l’espace, il reste tout simplement inaccessible. (car les voyageurs cadenassent leur vélo pour aller s’installer à leur place attribuées, loin)

Plusieurs autres vélos sont venus se superposer par la suite…

Distances et fractionnement

Ce sont les contraintes géographiques, de la SNCF et de nos points d’étape qui ont imposé de la découpe du voyage :

  • L’emplacement d’un hébergement pour 3 personnes, sur la trajet, et à moindre coût …en la charmante commune de Marseille-en-Beauvaisis.
  • La SNCF a fait cesser le trafic ferroviaire depuis le Tréport, et…mis en place des bus de substitution dans lesquels on ne peut évidemment pas faire voyager des vélos (c’est balot en pleine période de « transition écologique »). Il nous fallait donc prévoir une journée supplémentaire pour rejoindre une gare alentour (Dieppe, Abbeville, Amiens etc.) Le choix s’est porté sur Abbeville pour des raisons pratiques (fréquence des trains, durée du trajet, accessibilité pour les vélos et surtout prix du billet)

ce qui donne le découpage suivant  :

Départ Arrivée Distance Dénivelé positif
Jour 1 Paris (Persan-Beaumont) Marseille-en-Beauvaisis (airb&b) 88 km 856 m
Jour 2 Marseille-en-Beauvaisis Le Tréport (Maison familiale) 88 km 600 m
Jour 3 Le Tréport Abbeville (train pour Paris) 40 km 285m

Mini-crochet par la cathédrale de Beauvais. Tant qu’à faire !

Samedi matin 8h45, rendez-vous sur nos vélos à la gare du Nord pour prendre un train de banlieue. Nous avons volontairement shunté le tronçon de banlieue pour nous préserver et ainsi économiser une trentaine de kilomètres dans un décor sans intérêt ; voire carrément moche, avec circulation dangereuse. Notre voyage débute donc pour de vrai dans la charmante petite bourgade de Persan-Beaumont, à 30 min de train de banlieue de paris Centre.

Premiers tours de pédalier, premiers rayons de soleil sur le visage, premiers champs à perte de vue (c’est de la betterave ça ?) et aussi premiers « OH c’est lourd à traîner ce vélo dis donc »…

Les garçons papotent avec les vaches, grand ciel bleu.

Rouler avec un vélo chargé

Nous étions assez faiblement chargés (pas de matériel de camping).

Pour ma part :
Vélo : 12.5kg
Porte-bagages + sacoches : 3kg
Chargement : 5 kilos
Soit 20.5 kilos à tracter.

Ce n’est pas un scoop, la recherche du moindre effort est une des caractéristiques du vivant. Les routes les plus directes avec le moins de dénivelé sont les plus passantes. Les cyclistes à la recherche d’une expérience bucolique doivent donc emprunter les routes peu fréquentées dites de « fond de vallon ». Cela consiste à monter-descendre-monter-descendre-(ad. lib.). On ajoute à cela l’effet sacoches : un vélo chargé, ça change tout. Oubliée la moyenne à 20km/h, oubliés les 30km/h sur du plat. Je vous le dis tout de suite, on a roulé à 15km/h de moyenne sur l’ensemble du voyage et ç’aurait été difficile de faire plus, malgré nos bonnes conditions physiques.

ça va, je gère. Attendez-moi au prochain croisement les garçons !

Les sensations et les efforts sont tout à fait différents. Je vais enfoncer quelques portes ouvertes mais ce n’est pas forcément inutile de rappeler qu’un vélo chargé :

  • fait prendre au dénivelé positif une toute autre dimension (genre facteur 100.000.000). J’ai retrouvé les mêmes sensations dans les jambes que des pentes très raides en VTT.
  • est difficile à mettre en mouvement (ne pas oublier de rétrograder lors du freinage en prévision du redémarrage). J’ai adopté la très classe technique de la trottinette pour imprimer un premier mouvement au bouzin.
  • a plus d’inertie et ça a l’avantage de ses inconvénients : plus dur à arrêter (la fiabilité du freinage est primordial), ne demande pas trop d’efforts pour rouler sur du plat (genre très plat, car le faux plat montant , c’est la tannée !)
  • est super chiant à faire tenir contre un mur/poteau etc. et pas évident à manœuvrer à pied.
  • a une prise au vent plus importante. Voyez la surface latérale des sacoches comme une voile…c’est bon ? vous avez compris ?

Le seul moyen de poser son vélo sans qu’il ne tombe plus bas.

Si j’ai bien retenu quelque chose c’est : N’emportez VRAIMENT que le strict minimum. Tout pèse lourd au bout de 222km, même si ça n’a l’air de rien quand on prépare ses sacoches (« oh mais c’est juste un T-shirt »). Je préfère de loin mariner dans le même t-shirt deux jours de suite que de devoir porter plus lourd. De toutes façons, vous n’allez croiser personne d’autre que vos compagnons de voyage qui eux-aussi marineront dans le même t-shirt que la veille. Pensez à mutualiser ! (un seul tube de dentifrice pour tous, shampoing, savon etc. Un seul kit de réparation, une seule pompe etc.) Chaque économie de bout de ficelle compte. Trust me.

Bien s’entourer

J’aurais pu partir seule pour cette expédition, cela ne me fait pas peur. C’était d’ailleurs prévu comme ça avant que le hasard ne fasse bien les choses ! 3 mois plus tôt, j’ai fait connaissance de Comparse 1. Très vite nous avons roulé ensemble et papoté (en selle et hors selle) : nous avions sensiblement la même vision du vélo et je n’ai partagé que des bons moments avec lui ! Je lui ai donc naturellement proposé de prendre part à l’aventure. Toute joyeuse, j’ai parlé de ce projet à venir à mes proches et là, Comparse 2 a immédiatement été tenté et a demandé à rejoindre l’équipage !

Les Trois Mousquetaires au ravito.

Une échappée à 3 est une bonne configuration. On peut tour à tour papoter ou être solitaire, le groupe est suffisamment petit pour être agile et compact mais suffisamment important pour faire naître une sorte d’émulation et de soutien.

Je dirai que le succès de l’aventure humaine est favorisé par :

  • Avoir une condition physique globalement homogène et une vision commune de l’expédition. Entourée de deux garçons bien en forme, aux cuisses endurantes et musclées, j’étais souvent la dernière pour monter les côtes (mon crédo : je monte, lentement mais je monte, et sans râler) mais je ne me suis pas sentie trop à la ramasse quand même, en bref, je pense qu’il n’y a pas eu de frustration sportive pour cause de trop grande disparité des capacités physiques.
  • Bien s’entendre et être prêt à partager un peu de son intimité car on vit quand même les uns sur les autres pendant 3 jours.

Bière d’arrivée et sous-bock de circonstance.

Les imprévus

la nuit noire

Nous n’avions pas prévu du tout de rouler la nuit et par conséquent, nous n’étions pas vraiment équipés pour. Mais voilà, on ne peut pas tout contrôler et il se trouve que nous avons du parcourir 5 kilomètres dans la nuit noire pour rejoindre la maison samedi soir.

a big big problem.

On se partage alors les lampes disponibles et on s’arrange pour que le plus lumineux derrière ferme la marche et le plus lumineux à l’avant l’ouvre. Je me retrouve en sandwich. Je n’y voyais vraiment pas grand chose (simples petites loupiotes pour être vue + le faisceau de la frontale du fermeur de marche derrière moi) : c’est très anxiogène de ne pas voir où l’on met ses roues en plus d’être vraiment dangereux. Heureusement, nous avons croisé des automobilistes prudents qui s’écartaient beaucoup/ralentissaient voire s’arrêtaient carrément pour nous laisser passer sur les petites routes. Mais j’avoue que j’ai eu peur.

Vue imprenable sur le Beauvaisis, ses villages de caractère et ses vastes étendues agricoles, de nuit.

Plus jamais ça, c’est bien trop dangereux ! Je vais donc investir dans un équipement digne de ce nom, pour être mieux vue mais aussi pour voir. Un système d’éclairage en premier lieu mais également une veste réfléchissante. L’un de mes comparses portait cette veste, et il faut avouer que c’est très visible.

Confort, météo, froid et vent

Dimanche matin, 8h, il fait 2°C dehors et le givre est bien présent. Je n’avais pas imaginé qu’il puisse faire aussi froid, j’enfile alors plusieurs couches de t-shirts techniques (#oignonstyle) mais en bas, ça sera cuissard court, je n’ai que ça. Chantons tous ensemble l’Air du génie du Froid (Purcell)

Nous avons eu un temps radieux pour ces trois jours, grand soleil. Mais le début du mois d’octobre est fourbe, l’amplitude de température jour/nuit est très importante surtout en pleine cambrousse. J’ai passé mon week-end à avoir trop chaud ou trop froid, à retirer des couches puis à en remettre.

Pour le vélo, mis à part le cuissard, je n’ai pas d’équipement « technique » spécifique, j’utilise simplement mes vêtement de course à pied. J’ai donc appris de cette expérience qu’un coupe-vent de course à pied, c’est un peu juste pour le vélo (et en plus, la capuche fait effet parachute si on ne la coince pas !), mais aussi qu’une polaire Quechua n’est pas très respirante mais parfaitement adaptée pour la cuisson à l’étouffée ou encore que les baskets trouées ne favorisent pas le réchauffement des orteils. J’envisage donc de m’équiper de manière plus adéquate (disons, des fringues conçues pour le vélo et ses contraintes).

Nous sommes restés entre 5 et 6 heures par jour en mouvement sur nos vélos. Ça reste long, même quand on a une pratique cycliste régulière. Et c’est énorme si on est pas habitué. Inutile de vous préciser que j’étais extrêmement contente d’avoir un cuissard vraiment confortable et un vélo vraiment adapté (à ma taille, ma morphologie, aux revêtements de route, à la longue distance etc.)

Pas mal aux fesses, pas mal au dos, pas mal aux bras !

Avec le recul, je trouve que le cintre type « route » est ce qu’il y a de plus confortable pour les longues distances, même si cela demande temps d’adaptation par rapport à un cintre droit classique (type VTC, VTT, ville). Un peu comme il est pénible de tenir en place sur une chaise pendant une réunion de 3h, il est pénible de n’avoir qu’un seul choix de position sur un cintre lors une sortie de 6h. Le cintre route permet de varier les postures et de soulager les mains (et tout le corps en fait !). Il existe aussi des cintres spéciaux dits « papillon » qui permettent de pallier ce problème, mais je trouve ça moche…et j’aime bien avoir un joli vélo 🙂

L’après…

J’ai toujours trouvé une saveur toute particulière aux retours en train avec vélo. Pour moi, ce moment fait partie intégrante de l’expédition. On est dans un moment hors du temps, on est fatigués et le bruit sourd des wagons nous berce. Tout cela sur fond d’endorphines, avec un rayon de soleil qui caresse le visage à travers la vitre sale. C’est le moment où on réalise qu’on est allés vachement loin, en fait.

Le sourire à l’arrivée 🙂

j’ai vraiment adoré cette aventure mais force est de constater que mon corps met du temps à s’en remettre. J’ai fourni un effort si exigeant qu’une semaine plus tard, je suis encore épuisée. D’habitude dynamique et résistante, pour une fois, je suis fatiguée Imagine une larve en PLS, ça n’a pas beaucoup d’allure. Tout mon corps est las, je n’ai rien fait mis à part mon cours de natation : service minimum. Le cyclotourisme, tel que nous l’avons pratiqué, ne représente pas un effort sportif anodin. Si l’aventure vous tente mais que vous n’êtes pas habitués à de longs efforts, pensez à bien fractionner l’itinéraire (et surtout le dénivelé, c’est ça qui casse les pattes !).

Pour conclure, je garde de ce week-end de jolis souvenirs : la franche camaraderie, le goût de la bière pour fêter notre arrivée, la choucroute de la mer du dimanche soir, la joie de voir la mer au loin, les innombrables et rigolos noms de pâtelins, les discussions botaniques sur « -qu’est-ce qui pousse dans ce champ ? oh ça doit être une n-ième variété de betteraves ».

Merci à T. et G. d’avoir pris part à cette aventure et contribué à son succès 🙂

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