Triathlon des côteaux Vendômois 2019

Triathlon des côteaux Vendômois 2019


La préparathlon

Je ne suis pas si naïve. Évidemment que je sais à quoi m’attendre en débarquant en presque-touriste dans le milieu très codifié, très entraîné et très compétitif qu’est le triathlon. Bien sûr que oui je vais terminer dans les derniers et que la menace de la barrière horaire est bien réelle. Ce triathlon n’avait pas d’autre objectif que de savoir si au fond, pour de vrai et en oubliant le fait qu’il est archi-valorisé socialement, j’aimais ce sport et qu’il me procurait de la joie.

« La Magie du Rangement » version sport. (Pour ceux qui n’ont pas la ref : Marie Kondo)

La réponse n’est pas si évidente car même si j’aime et pratique individuellement chaque discipline (#swimbikerun non usurpé), je ne suis pas certaine d’aimer le triathlon. Aristote lui-même venait-il peut-être de boucler un tri-triomphal en annonçant son fameux « Le tout est plus que la somme de ses parties »…et c’est peut-être justement ce petit delta qui ne me plaît pas particulièrement !

La fine équipe !

C’est ainsi que je me suis élancée sur mon 3e triathlon, avec l’espoir qu’il soit moins insipide que les deux premiers. 3 essais pour savoir si on aime quelque chose, cette persévérance m’étonne parfois.

Je vous passe les détails des préparatifs, la checklist interminable, les questions aux autres participants sur le « comment que ça marche ça ? qu’est-ce qu’on doit faire ? », les péripéties techniques à quelques minutes de la fermeture du parc à vélos, la combinaison néoprène qui est devenue trop petite pour moi. C’est avec Marie que je m’embarque dans cette aventure, c’est son premier triathlon.

Nager

Le départ se fait en masse -ou devrais-je dire en troupeau- à quelques mètres de la rive du plan d’eau, les organisateurs ont aménagé une petite zone de 5m de large sur le côté droit pour les femmes (parce que les hommes n’ont pas le droit d’avoir peur de la machine à laver du départ groupé ?). Cela permet d’apprécier facilement la représentation féminine mais aussi de limiter un peu la cohue au départ. Cela ne m’aura pas empêché de servir de paillasson à certains concurrents qui avaient décidé de me nager dessus, un grand classique. Soudain, un « POOOOUUT » de corne de brume retentit et tout le monde court se lancer à corps perdu dans l’eau à 20°.

Pas la peine de chercher « Où est Charlie ? ». Il est loin derrière et attend que ça se passe.

Moi, je marche en laissant passer la marée humaine (si si, il y a aussi des femmes qui nagent comme des bourrins d’hommes n’en déplaise à l’organisateur). Cette combinaison entrave beaucoup trop mes mouvements, je suis le petit rôti, elle est la barde trop serrée.

Les 200 premiers mètres de natation sont vraiment pénibles. Et à un moment, les Lares du crawl se penchent sur mon sort et POUF, je sais à nouveau nager. Bon, il y a quand même un fond d’hyperventilation qui ne me lâche pas (coucou terrain anxieux et crises de panique !) et me force à faire du 2 temps (à la réflexion, je pense que ce rythme m’a permis de garder bien le cap et de ne pas finir avec une natation à 3256m de zig-zags au lieu des 700 m en ligne brisée annoncés). Les automatismes natatoires font le taf et me portent sans encombre au tapis bleu, je sors, Je souris car c’est fini et qu’il y a des gens qui applaudissent, RAS.

Ursula Andress, version low cost.

Verdict officiel natation : 700m (théoriques) en 19 minutes

Voilà, nous y sommes enfin : la fameuse T1 dans le non moins fameux parc à vélo, ce grand espace mythique et emblématique du triathlon. « Si on a jamais été dans un parc à vélos avant 50 ans, on a raté sa vie sportive« ….Mais BOR*EL où est donc mon vélo ?

Tous les gens autour de moi se contorsionnent en courant et je mets bien 30 secondes à comprendre qu’ils cherchent à ôter leur combinaison et que je vais devoir en faire de même. Avec une grâce infinie (non) et une facilité déconcertante (nope), je me débarrasse de cette chrysalide de néoprène afin de laisser place à magnifique papillon (non, toujours pas) dont les formes sont subliboudinées (oui, parfaitement) par ma trifonction (petit rôti, le retour). Je me sens terriblement vulnérable dans cet accoutrement et n’ai qu’une hâte : monter sur mon vélo et partir loin de tous ces gens dont le regard (très probablement neutre voire bienveillant) m’oppresse.

Exercice pratique de motricité fine : lacer ses chaussures à la T1.

En courant vélo à la main pour sortir du parc, j’entends un spectateur faire une réflexion : « il faut vraiment qu’ils perdent du temps à mettre des chaussettes pour seulement 20km de vélo et 5km de course à pied ?! ». Si tu savais mec à quel point je me fous de perdre 30 secondes à galérer pour mettre mes chaussettes sachant que je vais mariner dans mes chaussures pendant 1h20, au moins.

Plaît-il ?

Verdict officiel T1 : 3 minutes et 58 secondes (Si j’avais pas mis mes chaussettes j’aurais fait 3 minutes et 28 secondes)

Vélocipède

Le cyclisme, c’est indubitablement le sport qui me fait plaisir en ce moment et je ne roule pas très souvent avec mon vélo de course et jamais avec un objectif de vitesse. Du coup, je me dis que c’est une bonne occasion pour tenter un truc, « soyons fous, carpe diem, YOLO, vis tes rêves au lieu de rêver ta vie : FAIS-TOI PLAIZ’ ET LÂCHE LES WATTS de toutes façons après il ne reste que 5km de course à pied ». Avec le recul je n’arrive pas encore à trancher pour savoir si c’était la meilleure ou la pire décision de mon week-end. LOL.

Réflexe : vélo = sourire.

Le parcours est assez simple dans son profil : deux boucles de montée-plat-descente, des champs de blés et des vignes. Je suis si bien sur mon petit vélo à donner le meilleur de moi-même (il parait que c’est comme ça qu’il faut faire). Pas de prolongateurs, pas de pédales auto, même pas les mains sur le bas de cintre car ça me fait trop peur. Je me sens vraiment plouc au milieu de toutes ces fusées suréquipées, mais cela ne me rend pas triste du tout (et de toutes façons j’ai ma gapette magique et ça me rend invincible !)

Verdict officiel vélo : 23,5 km/h sur 21km.

J’aperçois l’arbitre qui agite son petit drapeau à damier et un éclair de lucidité « ah-mais-oui-bien-sûr » il FAUT s’arrêter AVANT la ligne qu’il signale. C’était moins une. Une fille juste après moi a grillé la ligne, l’arbitre lui a fait remarquer mais ne l’a pas sanctionnée, il a du bien se douter qu’en étant les derniers à arriver au parc à vélo, il avait plus à faire à des amateurs un peu paumés qu’à des athlètes qui essayent de gruger.

Bon, fini de rigoler. Il va falloir courir.

De retour au parc à vélo, je me dépouille des derniers attributs qui pouvaient masquer mon potentiel sensualité intrinsèque : casque, gapette, gants. Je garde cependant les lunettes de soleil en pensant naïvement tel un enfant qui se cache les yeux pensant disparaître, que si je vois moins le monde qui m’entoure, lui aussi me verra moins.

Traditionnel Caché-coucou.

J’entends alors le speaker annoncer l’arrivée des premières femmes puis une voix qui m’encourage par mon prénom. Curieux, je ne connais personne par ici et mon nom n’est pas inscrit sur le dossard.

Whaaaat ? Qui me parle ?

Soudain, je vois Marie adossée à la barrière extérieure du parc à vélos. C’est très surprenant, soit elle a tout explosé et vient de boucler le triathlon dans les premières, soit il y a un souci. La couverture de survie dans laquelle elle est drapée n’a pas laissé beaucoup de place au doute. J’avais pris 30 secondes sur ma T1 pour mettre des chaussettes, je pouvais bien prendre un peu de temps sur ma T2 pour un « rien-de-trop-grave ? » et une maladroite tentative de réconfort express à base de bisou et accolade collante de sueur.

Verdict officiel T2 : 2 minutes et 54 secondes

Course à pied

Je m’élance sur la partie course à pied en disant à Marie quelque chose comme « Je reviens dans 30 minutes ». Dès les premières foulées, je regrette un peu de ne pas avoir dit « je reviens dans 45 minutes ». C’est précisément à ce moment que j’ai payé bien cher mon envolée lyrique sur le vélo et que la réalité s’est rappelé à mon bon souvenir : courir avec les jambes cramées c’est relou.

Ah, on me souffle dans l’oreillette que le tri c’est fait pour se dépasser et que c’est un sport d’endurance pour devenir une meilleure version de toi-même tu comprends ?. Ok, soit. J’accepte que ce soit difficile physiquement mais ce que j’ai un peu plus de mal à encaisser c’est de m’ennuyer pendant une demie-heure, attendre que ça se passe tout en étant impatiente de retrouver Marie pour en savoir plus sur sa mésaventure et apporter un soutien moral en adéquation.

Quelque part entre le km 0 et le km 5. Aucun souvenir d’avoir croisé des photographes.

Cette partie course n’est vraiment pas fifolle (Allô l’Académie Française, quel est le féminin de fifou ?) C’est in-ter–mi—na—-ble. Je me sens vraiment seule même si quelques personnes qui zonent encore dans le coin m’encouragent gentiment. Mes sensations sont vraiment mauvaises, j’ai l’impression d’être un énorme camion du BTP avec un moteur de dodoche. Ajoutons une couche de « je hais la trifonction » et un soupçon de « je ne suis pas en paix avec mon corps en ce moment » et vous obtenez un beau cocktail de confiance en soi au top.

J’ai pourtant bien essayé de réenchanter (c’est comme ça qu’on dit non ?) cette partie de l’épreuve pour y trouver une petite lueur d’intérêt, de plaisir, d’envie, de n’importe quoi, mais non. J’ai essayé de m’auto-convaincre que je vivais quelque chose de cool à grands renforts de « hé meuf, tu es en train de boucler un triathlon !« . Rien.

ça ne marche pas à tous les coups.

J’ai essayé d’accélérer en me disant que la douleur de l’effort allait meubler mes pensées et faire passer le temps mais mon cœur a eu vite fait d’exercer son droit de véto. Vide intersidéral, le néant, on avance et puis basta, vivement l’arrivée car on s’ennuie ferme ici et puis, je suis si inquiète pour Marie !

Verdict officiel : 30:58 pour 5km. En toute franchise je n’imaginais pas faire « aussi rapide » vu les sensations toutes nazes et ce qui a précédé. J’ai tenu ma promesse faite à Marie, the job is done.

Épilogue

Ligne d’arrivée passée, soulagement. Aucune fierté, aucune émotion même si je souris mécaniquement. Une grosse brume dans la tête, je suis ailleurs. J’entends une petite voix : « Madame, est-ce que je peux vous retirer votre transpondeur » ? C’est un tout jeune bénévole agenouillé qui me parle doucement. Je ne pouvais rêver d’un retour à la réalité aussi chou. La deuxième lame de reconnexion au ici-et-maintenant est un peu moins délicate : quasiment plus rien à manger sous la tente du ravito final, quelques miettes de tucs et des bâtonnets de concombre. Ah oui, c’est vrai, je suis dans les dernière mais pourtant assez largement dans les barrières horaires.

ENFIN fini.

Je retrouve Marie qui me relate sa mésaventure : Elle a glissé à vélo sur des gravillons au début du parcours. la Croix Rouge a signé sa fin de course à cause des blessures (superficielles, heureusement). Je suis très déçue pour elle et cet épisode a sans doute teinté ma propre expérience de triathlon d’un voile de tristesse.

Au final, je me classe 275e sur 300 en 1h50. C’est une information qui peut aider à appréhender le niveau global de ce triathlon, que je ne qualifierai pas de « très accessible ».

Alors, triathlète ou pas

Non. J’ai eu ma réponse. Le triathlon n’est pas un sport qui me fait suffisamment vibrer pour que je m’y engage. C’est un sport trop exigeant et chronophage pour le peu de plaisir que j’en retire. Certes, j’ai beaucoup apprécié la partie vélo mais…pas plus que lorsque je fais une belle sortie vélo. La combinaison des trois sports ne m’apporte pas de valeur ajoutée.

On dirait un regard motivé et plein de gnaque. J’en avais juste déjà marre.

Il n’est pas exclu que je participe à nouveau à des épreuves courtes distance et aux barrières horaires souples (donc accessibles sans entraînement spécifique) dans des contextes particuliers qui peuvent se suffire à eux-mêmes : un moment entre amis ou un cadre exceptionnel par exemple.

Je ne suis pas triathlète dans l’âme, je suis médiocre triathlète « de fait » environ 1,3 fois par an. Je le vis bien et laisse la place à d’autres. Je ne me battrai pas pour quelque chose qui ne me parle pas plus que ça. Je n’aime pas la compétition et quoi qu’on en dise, c’est un milieu que j’ai ressenti comme très compétitif.

2 Comments

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  1. Georges

    Merci Hélène pour ce récit, très bien écrit et passionnant comme toujours. Désolé que tu n’aimes pas cette discipline car je trouve que tu t’en est pas si mal tirée. 30′ sur le 5 après la nage et le vélo c’est déjà pas si mal. Et je gage que si je l’avais fait j’aurais été loin derrière toi car à part la course ou j’aurais gagné des minutes, le vélo…? moyen, la nage…? l’hécatombe.
    Un grand bravo à toi et ne te dévalorise pas tu es une vrai sportive il suffit de voir la régularité avec laquelle tu pratiques dans les 3 disciplines.
    Bonne continuation
    Georges

  2. Amélie

    J’aime vraiment beaucoup ta plume ! Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer d’amour le triathlon et c’est bien vrai : c’est chronophage. Pour ce qui est de l’aspect compétition je ne suis pas totalement d’accord avec toi. D’un côté, il est vrai qu’il y a beaucoup de compétiteurs mais ça, c’est bien leur problème. Je vois plutôt le triathlon comme une opportunité de me dépasser moi même, qu’importe le niveau des gens autour de moi. Ça me fait penser à un événement qui s’est produit ce week-end : je double à vélo un groupe de Messieurs qui, offusqués de se faire doubler par une « fille » commencent un concours de zizi en m’exposant leur palmarès. Je leur fait bien comprendre que la compétition ne m’intéresse pas. Ils ont ensuite vu mes gourdes « ironman » et m’ont demandés mon chrono (que je dis fièrement), leur réponse : « et la première féminine elle a fait combien? » – comme si c’était le préalable à toute félicitations de leur part – ET BIEN je n’ai pas su leur répondre, je n’en sais rien, nada. Et je ne le sais toujours pas. Selon moi, l’interêt réside dans le fait de faire de son mieux, se battre contre sois même et non pas contre les autres !
    Enfin bref, si tu n’as pas accroché tu as bien raison de te concentrer la dessus mais plutôt sur autre chose !
    Bonne continuation !

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