Trail du Josas 2019

Trail du Josas 2019


Détachement puissance 1000

J’ai passé mon temps à oublier (si si) que j’avais un dossard pour ce trail. C’était bien noté dans mon agenda (heureusement !) mais à chaque fois que je le parcourais, la stupéfaction était la même : « Ah-mais-oui-c’-est-vrai j’ai ce trail ce jour-là ». C’est d’autant plus curieux que cette épreuve représentait en elle-même un challenge non négligeable : je n’avais jamais couru une telle distance (26km) et encore moins avec un tel dénivelé positif (750m) annoncés.

« Challenge accepté » (au cas où il y aurait des non-anglophones par ici)

Après la déception vécue sur le semi-marathon de Rambouillet vingt jours plus tôt, je crois que mon binôme corps-esprit tout entier a cherché à se prémunir d’un deuxième éventuel échec, aka. coup dur au moral. Je n’ai pas du tout investi cette épreuve à l’avance, je n’a absolument rien projeté, ni en positif, ni en négatif. Pas de « Je vais tout défoncer, j’ai une revanche à prendre bla bla. » ni de « Oh mon dieu, je suis bien trop nulle pour y arriver« . Rien, nada. A l’exception d’une petite envie d’aller au bout, tout de même, comme un objectif mou.

Toutes mes potentielles angoisses ont été aspirées. Tavu, je suis à la page question actu scientifique.

Malgré ce surprenant détachement émotionnel extrême, il m’a quand même semblé intéressant de faire preuve d’un peu de pragmatisme, service minimum : Quelles sont les barrières horaires ? (3h au 13e km, puis 2h30 pour faire les 13 restants = 5h30 max) ainsi que son corollaire Est-ce que c’est délirant de me lancer sur cette épreuve ? (Si je prends mon temps, non) dans le sens Est-ce que je me mets physiquement en danger réel ? (non, si ça ne va pas, je m’arrête) et Qu’est-ce qu’on mange ?

Let’s go.

Bref. Mon niveau de stress à l’idée de courir cette épreuve était proche de zéro. Fait absolument exceptionnel pour mon terrain anxieux. J’allais prendre part à cette course, et peut-être la terminer, point barre.

Potion magique, bottes de sept lieues et sac de Mary Poppins.

Je suis la première à me moquer gentiment des artifices (matériel, nutrition etc.) utilisés par les sportifs amateurs (oui, je sais, cay très mal). Cela vient sans aucun doute de mon background familial très roots emprunt de minimalisme protestant. Imaginez la dissonance cognitive que j’ai vécue lorsque j’ai décidé de BIEN m’équiper et…de tester des gels, bref de me conformer aux standards du traileur moderne. Oui, moi qui ne jure que par le 100% naturel dans l’effort et qui cours avec des t-shirt de fitness H&M, je n’avais jamais dépassé le stade de la barre CLIF à vélo, ni aussi bien assumé mes manchons de compression griffés BOOSTER (scoop, non, ça ne m’a pas fait courir plus vite).

Donc j’ai consommé pour la première fois des gels 100% de synthèse en pensant que mes 3h30-5h30 de course répondaient bien à la description « efforts longs ». Je n’ai pas de recul sur ce gel en particulier par rapport à un autre, cependant, je peux affirmer que j’ai vraiment senti une différence dans la perception de la fatigue physique générale. Pas de coup de mou, pas de mal de bide (Allelujah !) et …une petite occupation pendant toute la course. Une gorgée à absorber toutes les 15 minutes à partir de 45 minutes, ça occupe, ça rythme et ça en ferait presque une pause ludique.

Je me suis dit que goût cassis ce serait MOINS PIRE que du citron « récure-chiottes ». Erreur.

Autre avantage insoupçonné, la texture est visqueuse et le goût cassis (douteux et amer) est très sucré : si tu ne bois pas en même temps c’est ingérable (#jeudemotinvolontaire). Du coup ça a forcé le chameau que je suis à s’hydrater correctement. Double effet kiss cool. Tout cela ne m’a pas empêché de profiter des ravitos absolument merveilleux proposés par l’organisateur, par envie de mâcher un truc bon (Déso pas déso Feed. je ne suis pas une bonne cliente pour toi)

Cristina Cordula valide totalement cette tenue aux délicates est subtiles harmonies de noir et rose

Les mollets confortablement insérés dans des manchons BV Sport, suçotant la tétine de mon gel cassis-caféine à intervalle régulier tel un coucou suisse, ma maison dans mon sac à dos (c’est fou ce qu’on peut mettre dans un sac de trail, emmener des pansements était une très bonne idée), j’étais plutôt à l’aise pour gambader joyeusement dans la forêt.

Monitorage raisonné

L’objectif mou de cette course était de la terminer. Quand je dis « mou » cela signifie qu’il n’est associé à aucune sorte de pression auto-imposée et que sa non-atteinte ne serait pas mal vécue (pour de vrai hein).

  • Principe 1 : Virer toute indication d’allure des écrans d’affichage de la montre. L’allure n’est pas du tout à propos pour cette course.
  • Principe 2 : conserver une notion « neutre de performance » du temps qui passe (l’heure, tout bêtement) afin d’être préparée un peu en amont à un éventuel arrêt pour cause de dépassement des barrières horaires
  • Principe 3 : conserver une indication de la fréquence cardiaque en temps réel et faire un pacte avec mon cœur : je ne l’emmène pas dépasser une certaine valeur et en échange, il tient bon pendant quelques heures pour me mener à bon port. Cela implique dans mon cas, de gravir les montées en marchant d’un bon pas plutôt qu’en courant. Courir en montée serait une absurdité dans mon référentiel objectif/possibilités physiques/rentabilité de l’effort fourni.

Les « coureurs aux sensations » pourraient me reprocher d’être trop dépendante de ma montre avec ce troisième principe. Mais en fait, je vois simplement ce monitorage comme un état intermédiaire vers « les sensations ». A l’heure actuelle, je ne sais pas encore ressentir avec fiabilité mon état de fatigue/essoufflement et cela m’a joué de très mauvais tours par le passé, du genre explosion en plein vol alors que je ne ressentais rien de particulier dans mon corps. Intellectualiser et objectiver cette donnée physiologique me rassure pour le moment.

Point intellectualisation bis : N’oublie jamais que pendant que tu cours, de gentils cuistots préparent la Paëlla d’arrivée (Photo de l’organisateur)

Je ne vais pas vous faire un déroulé kilomètre par kilomètre de la course, je ne m’en souviens plus. J’avais préparé une playlist de podcasts et emmené des écouteurs en cas d’ennui mais je n’en ai même pas eu besoin, il faut croire que la nature se suffit à elle-même pour nous offrir un spectacle divertissant. La fatigue des articulations (genoux) est apparue vers le 23e km, les jambes un peu raides à partir du 24e kilomètre si bien que les deux derniers kilomètres ont été difficiles physiquement tout en restant agréables mentalement (pas facile à concevoir, j’en conviens). Comme un « ok, j’ai mal aux jambes. so what ? de toutes façons on continue tant que c’est soutenable et que le risque de blessure est écarté ».

La seule chose qui m’a vraiment perturbée et joué des tours, c’est la baisse de concentration et de vigilance à partir du 22e km, j’ai failli me croûter plusieurs fois en butant sur des obstacles que je ne voyais plus. L’ensemble de course s’est donc déroulé sans encombre mais non sans efforts, j’ai couru et marché conformément au cahier des charges avec en prime le sourire collé à la figure. Bon, ok j’ai grimacé une fois et lâché quelque chose proche de « OH p$ù* de merd*$ù les escaliers descendants au km 24,5 c’est vraiment un truc de bat$ù*!« .

Visuel tout à fait contractuel

Pouf pouf, 26km plus tard, ligne d’arrivée passée 3h28 à ma montre, chrono officiel 3h41. (Les 13 minutes de différence sont vraisemblablement les pauses pour les pansements aux pieds et grignotages/recharge en eau aux ravitos).

BUT FIRST, BEER !

Parcours et Esprit Treille

Logistique et parcours


Pour les parisiens, cette course est tout à fait accessible par le RER (il suffit de se lever bien tôt…).

la Gare RER C Musée d’Orsay au point du jour.

Dès qu’on arrive sur le village, on prend la mesure « à taille humaine » de la course et c’est agréable (1200 finishers sur les 3 parcours 16, 26 et 42km). Un retrait des dossards est organisé la veille et le jour même, on reçoit un tour de tête Poli (pas comme un buff, il dit bonjour-merci-au revoir lui !), une barre de céréales Pulsar (miam !), quelques échantillons et bien sûr un dossard. Pas de médaille à l’arrivée mais une bonne plâtrée de savoureuse (et chaude !) Paëlla accompagné d’une bière pression Volcelest et un yahourt de la laiterie d’à côté. On a également le droit à un cliché gratuit chez Trace&Route, le photographe partenaire de la course, et ça c’est une drôlement bonne idée !

suggestion de présentation de la Paëlla à l’arrivée (j’ai dû dire stop au monsieur qui m’a servi car il était prêt à en mettre deux fois plus, true story)

Avec les beaux jours du printemps, le parcours en sous-bois est très agréable et constellé de petites fleurs. Il y a bien évidemment quelques passages sur bitume, inhérents aux courses franciliennes. Chose agréable, on commence par des routes et chemins larges, ce qui permet au cortège de s’étirer naturellement en limitant les bouchons. Je dirai que le parcours n’était pas technique (du moins dans les conditions de sécheresse que nous avons eues), mis à part une descente vraiment casse-gueule et un raidillon costaud et sinueux, le reste est très praticable pour le commun des coureurs mortels, bien chaussé (commemêmehein).

Sous-bois typique du parcours avec occupante non-typique de la forêt

Le dénivelé, positif comme négatif, est réparti assez harmonieusement, si bien que je qualifierai ce parcours de « roulant », (j’ai bon, c’est comme ça qu’on dit ?). Cette année, le terrain était très sec mais je pense qu’il a un bon potentiel bouillasse par temps humide !

je ne crois pas que les 1200m d+ soient exacts….

Les gens

Prendre part à une course organisée, c’est accepter de pratiquer un sport individuel dans un cadre collectif. Donc les gens, c’est un facteur important. Je commence à avoir un certain nombre de courses bitume et nature à mon actif et fort heureusement je n’ai jamais été confrontée à de la méchanceté ou du mépris directs. Tout au pire de l’indifférence ou un soupçon d’irrespect (goujat qui double comme un sanglier !). Mais là, je peux vous assurer que je n’avais jamais baigné dans une atmosphère de course aussi chouette. les gens (coureurs, bénévoles, supporters) étaient tous profondément gentils et attentionnés, avec une vraie conscience de l’Autre. cela m’a beaucoup touchée et a indéniablement contribué à la réussite de cette aventure.

Ne me remerciez pas pour cette fracture de la rétine et cette offense au bon goût, c’est cadeau.

Ma lenteur et la construction des parcours ont fait que je j’ai été doublée par beaucoup, beaucoup de coureurs. Cette configuration a donc maximisé les opportunité d’échanges et d’encouragements sincères. J’ai dû m’arrêter plusieurs fois sur le parcours pour panser mes pieds, ce qui m’a valu 15 propositions de don de pansements et 30 « tout va bien ? tu as des crampes ? tu veux une pastille pour les crampes ? »

C’était une riche idée que d’emporter des pansements et surtout de prendre le temps d’en poser dès les premiers échauffements.


Leçons et perspectives

Je suis humaine : même si le plaisir est la clé de voute de ma vision d’une pratique sportive saine avoir des objectifs (même mous !) est stimulant, motivant. Les atteindre contribue à améliorer l’estime de soi, ce qui est quand même vachement plus agréable que d’être persuadée d’être une misérable petite crotte. Je suis intimement convaincue qu’il est possible de se dépasser sans se faire violence physique ou psychologique (coucou ! as-tu lu mon dernier article à ce sujet ?). Cette course était parfaite à mes yeux car elle m’a permis d’atteindre un bon équilibre entre effort (bor*el j’ai quand même couru 26km avec de la pente ) et joie de vivre.

Et ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé.

Cette épreuve a mis en lumière quelque chose dont je me doutais depuis un certain moment : les objectifs de « RP au chrono » ne sont pas ceux qui me conviennent le mieux. La pression est trop grande, la fierté en cas de succès est très mesurée en regard de la violence de chute de l’estime de soi en cas d’échec (et l’échec peut arriver, même avec beaucoup de préparation et de bonne volonté). Et je n’ai plus envie d’être profondément triste et déçue dans le cadre d’une pratique sportive loisir amateur (la vie est déjà bien assez compliquée comme ça). Je ne vais donc plus chercher volontairement à battre des RP de chrono, s’ils doivent arriver, ils arriveront.

Oui madame, je relaxe je relaxe.

Les « RP de distance » correspondent beaucoup plus à ma vision du sport, à mes envies, et constituent des challenges tout aussi respectables que de taper un sub 50′ au 10km. Autant le marathon bitume ne me dit trop rien que je commence à envisager d’allonger un peu les distances en trail….le tout étant de trouver des courses aux barrières horaires laaaaaaarges 🙂

On se dit rendez-vous sur le 42km/1100m d+ de l’édition 2020 ?

En vrai je n’en sais rien, on verra en fonction de la forme et des envies 😀


2 Comments

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  1. Graine de Courge

    Hey Marie ! Merci pour ton commentaire. Les pastilles pour les crampes, c’est vraiment efficace ou c’est de l’ordre du « bisou magique » ? Allez, bientôt bientôt tu pourras à nouveau gambader !

  2. Marie D

    « Tu veux des pastilles pour les crampes? » Comment ça me rappelle des souvenirs, tiens donc !
    Bon, merci pour ce beau CR, j’ai bien aimé mais je te reproche juste de m’avoir donné envie de courir à nouveau (patience…)

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