Pourquoi je n’aime pas les montages avant/après (perte de poids)

Pourquoi je n’aime pas les montages avant/après (perte de poids)


Disclaimer : Ceci est un texte très personnel sur un sujet qui me touche beaucoup. Je laisse quiconque le souhaite y réagir et s’exprimer mais je ne débattrai pas. Je m’excuse par avance si certains passages sont maladroits, il n’y a aucune volonté de nuire à qui que ce soit.

Cela ne se voit pas, et je n’en fais pratiquement jamais étalage sur les réseaux sociaux : Il y a quelques années et pendant quelques années, j’ai été “un peu grosse”. Médicalement, à la charnière entre la borne haute du surpoids et la borne basse de l’obésité. Donc oui, “un peu grosse”, je ne vois pas d’autres mots plus pertinents pour décrire la forme de mon corps à cette époque. J’ai donc largement assez de matière photographique et de vécu authentique pour publier du contenu de type photomontage “avant/après”. L’avant étant un corps plutôt gros et un moi pas très sportif, l’après étant un corps plutôt normé et un moi plutôt sportif. Je suis d’accord, on peut difficilement faire plus cliché, du moins en apparence.

C’est un fait.

Ma main à couper (et Dieu sait à quel point j’ai besoin de ma main !) que si je publiais un photo-montage avant/après avec les petits hashtags appropriés, ce serait l’image la plus “likée” de toute ma courte existence sur les réseaux sociaux . Triste. En effet, ce type de publications rencontre toujours un succès fulgurant et récoltent des kilotonnes de commentaires dithyrambiques qui insistent sur le caractère époustouflant de cette transformation physique. Emoticône “biceps bandé”, hashtag #onlacherien. Du positif en barre, bien compacte. Certains en font même la base de leur “personal branding”.

Comme beaucoup, je suis très régulièrement confrontée à ces images. Happée par le spectaculaire qu’on me donne à voir, mes yeux s’écarquillent dans un mouvement-réflexe mais vient ensuite une sensation de malaise, puis de profonde tristesse qui se transforme enfin en une colère infinie

wai. grosse colère.

Pourquoi donc ? Bah oui Courge, pourquoi ?

D’un point de vue individuel, je pense ne pas me tromper en avançant que ces avant/après font du bien à ceux qui les publient. C’est parfaitement compréhensible, la recherche de validation et de reconnaissance est naturelle et grisante. De manière générale, il me semble normal de vouloir partager sa fierté et de récolter quelques compliments. Je m’inclus bien évidemment dans cette normalité. Je n’en veux donc pas personnellement à monsieur A ou Madame B d’être si fièr.e d’avoir perdu xx kilos et de le montrer à la face du monde, après tout ils ont réussi à se conformer à ce que la société attend d’eux : être plus minces (l’argument imparable étant « pour leur santé », bien évidemment, vaste sujet que la caution “santé”. Elle a bon dos la santé) et s’imaginer que la volonté de fer et l’amour des légumes verts qui leur a permis de modifier (durablement ? sur 10 ans, 20 ans ?) leurs “mauvaises habitudes” est le facteur principal dans leur aventure de délestage pondéral. (Peut-être que c’est vrai dans certains cas, je n’en sais rien et ça n’a pas beaucoup d’importance pour la suite)

Ce petit céleri à calories négatives t’enjoint à le faire.

Néanmoins, toutes ces histoires de vies, entendables à un niveau individuel, deviennent un gigantesque conglomérat compact et très homogène qui ne fait que renforcer la grossophobie ambiante. En effet un traditionnel avant-après porte en lui le rejet de la grosseur et la valorisation de la minceur mais également la sacralisation de la volonté pour passer d’un état à l’autre. 

“C’est un choc ! Comment j’ai pu me laisser aller à ce point pour en arriver là ? Plus jamais ça ! *smiley horrifié*”. “Quand on veut on peut *smiley biceps*”.

Entr’apercevez-vous la violence sous-jacente ?

Wow Wow WOOOOOW

La grosse version devient alors la parfaite figure repoussoir, celle qui nous dégoûte, celle qu’il faut éviter de (re)devenir à tout prix, celle dont on a honte d’avoir été. Avoir de la volonté devient la seule issue possible pour maigrir, niant toute la complexité multifactorielle du corps humain dans sa globalité et tous les déterminants sociaux.  Comment un ancien gros peut-il être aussi violent et méprisant avec un corps gros ? 

N’oublions jamais que les photos avant/Après sont le reflet d’une vision rétrospective choisie. Vous ne verrez jamais de avant-après des milliers de personnes qui reprennent du poids après avoir maltraité leur corps #effetyoyobonjour. Vous ne verrez jamais les avant-après des milliers de personnes qui ne maigrissent pas après avoir fait preuve de volonté, de beaucoup de volonté.

A mon sens, là où tout part vraiment en cacahuète, c’est lorsque en publiant son histoire personnelle, l’ex-gros pris d’un élan magnanime, se sent investi d’une mission de persuasion et de motivation à l’attention de tous les gros qui liraient sa publication. Le pompon si le texte contient, en plus, un petit #bodypositive, je vomis. Si à la question “pourquoi as-tu publié cet avant/après ? ”on me répond  “Parce que je veux montrer qu’avec de la volonté rien n’est impossible” ou un autre truc du genre qui me fait lire entre les lignes “Je veux motiver/inspirer les gros à devenir moins gros et à se prendre en main”

Mais de quoi je me mêle ?

L’épidémie d’obésité va se résorber à coup de publications avant/après. C’est certain.

Ceci n’est pas une intention louable. Ceci n’est pas sain. C’est faire du mal en pensant faire du bien. C’est ajouter une pierre de plus au cairn de la grossophobie et ancrer bien profondément l’image du gros flemmard vautré dans son canapé la main dans un paquet de chips. Des ouvrages très forts vous expliqueront cela bien mieux que moi : Gros n’est pas un gros mot de Eva Perez-Bello et Daria Marx, On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier. 

Proposition : Même si je suis plutôt partisane de la neutralité du rapport corps (la tendance à la “positivation et fierté du corps” partout tout le temps commence à me gonfler, comme une injonction) je comprends que certaines personnes ressentent le besoin de célébrer régulièrement leur apparence physique pour ce qu’elle est devenue (et non pas pour ce que leur corps leur permet de faire). Je suggère de procéder à cette célébration du corps au moment T sans utiliser le repoussoir stigmatisant du “vs. ma version plus grosse d’avant” . Pas besoin d’écraser les autres -à travers son passé de gros- pour se valoriser. Quitte à être fier de son corps, autant l’être dans le respect du gros que l’on a été (, que l’on sera peut-être un jour à nouveau) et des autres.

5 Comments

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  1. Margaux Lifestyle

    Hello !! Je rebondis à ton commentaire sous mon dernier post instagram ici. Pour être honnête, j’ai un peu le cul entre deux chaises. Parce que pour moi, mon projet de perte de poids ne regarde que moi. Il n’y aura pas de avant/après. Sauf si tu veux t’amuser à remonter les photos que je poste. Ces 15 kilos, c’est pour moi que je veux les perdre, pour ma santé, pour retrouver une bonne condition physique parce que j’en ai marre d’être à l’agonie dès que l’on part en randonnée et qu’il y a un peu de dénivelé. Cependant, sur le blog, je suis aussi dans une démarche de body positive, de bienveillance et d’acceptation de soi. Donc j’essaie de trouver un juste milieu. C’est pour cela que quand j’ai écrit mon article « j’ai grossi ! que faire ? », j’ai essayé de mettre en avant l’importance des émotions et des hormones dans la prise/perte de poids. Que j’essaie de dédramatiser la situation quand on stagne. Peut-être que je le fais maladroitement. Mais clairement ma volonté, c’est de pousser les femmes à réfléchir sur les raisons qui les poussent à se mettre au régime et au sport. Le font-elles pour elles et leur santé ? Ou pour correspondre à des standards de la société ? Et clairement, je sais que les avant/après s’ils font du bien aux personnes qui les postent (et encore peut-être pas assez d’évolution à leurs yeux parfois) font énormément de mal à toutes celles qui sont mal dans leurs peaux… Alors clairement moi, même si j’arrive à perdre ces 15 kg, même si j’écrirais très certainement un article sur ma démarche, je ne posterais pas d’avant/après. Et mettrais en avant l’importance d’être suivie par un médecin, l’importance des raisons pour lesquelles on veut perdre du poids, et l’importance de l’équilibre émotionnel… 🙂

    • Graine de Courge

      Bonjour Sarah, merci pour ton commentaire plein de bon sens. En effet on nous exhorte sans arrêt à avoir confiance en nous, à nous « assumer » etc. Parfois, dans la précipitation et l’envie de répondre à cette nouvelle injonction (qui nous veut du bien), on peut se tromper de chemin pour y arriver. Il ne faut pas oublier de regarder le rapport entre court/long terme, satisfaction individuelle/collective. Je pense qu’Instagram a souvent tendance à se focaliser sur le court terme individuel. Ce n’est pas mal en soi (je suis même moi-même les deux pieds dedans ^^), mais il faut l’avoir à l’esprit… (et heureuse que mes articles te plaisent :))

  2. Graine de Courge

    Merci pour ton commentaire qui complète parfaitement bien ce que j’ai voulu exprimer dans l’article.
    Hélène.

  3. Daddy

    Je suis d’accord. L’usage de l’image repoussoir me met mal à l’aise et peu importe l’intention car il suffit d’évaluer le risque qu’une photo-Avant peu avoir pour comprendre que c’est mieux de l’éviter.
    Quant à l’inspiration, c’est vouloir créer ou valider une normalité. C’est dangereux et contestable.
    Le problème c’est qu’en vrai, il ne faut pas se mentir, il n’y a aucune philanthropie ; il n’y a rien d’intermédiaire entre l’expression d’une revanche personnelle (sans vouloir discuter de son fondement) et le narcissisme outrancier (voire l’exhibitionnisme).

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