Nage en eau libre : EDF Aqua Challenge 2018

Nage en eau libre : EDF Aqua Challenge 2018


Plouf !

Dimanche, j’ai participé à ma première course de nage en eau libre, format 1250m dans le bassin de la Villette (Pour les non-parisiens il s’agit du plus grand plan d’eau artificiel de Paris intra-muros, qui relie deux canaux. 800m de long, 70m de large, 2.60m de profondeur). On appelle ça une « sortie de zone de confort » en bonne et due forme.

Je connais déjà bien ce bassin : je le longe très souvent à vélo ou à pied et je me souviens parfaitement de ce que je me dis, l’air snob : « JAMAIS je ne tremperai un orteil dans ce bouillon de culture immonde ». Bingo, c’est exactement là que je vais m’immerger en totalité et pour une durée indéterminée. Jamais dire jamais.

Pour moi, le bassin de la Villette, c’est ça. C’était ça la veille de la course en tout cas.

 

Si les journées précédant la course sont plutôt sereines, les nuits elles, sont remplies de cauchemars thème noyade et kraken d’eau douce. Le matin de l’épreuve, comme avant TOUTES mes courses quelque soit le sport, mon corps décide de m’envoyer des signaux de détresse en somatisant tout et n’importe quoi (je commence à le connaître l’énergumène !) . C’est donc zombifiée par mes récentes insomnies d’anxiété et assaillie de douleurs fantômes que j’ai été me présenter à l’épreuve : fraîche et totalement détendue. NOPE.

Je crois que mon inconscient n’approuve pas vraiment ma participation à cet évènement

Les formalités s’enchaînent :

  • Je récupère mon dossard . Il doit exister un mot du jargon idoine pour désigner l’ensemble (bonnet marqué + transpondeur). On nous fournit aussi une petite bouée de sécurité à gonfler en cas de besoin. Petit bémol pour les tarifs d’inscription qui restent quand même assez chers (30€ pour les non licenciés)
  • Enfilage de combinaison. J’ai gagné des points d’expérience sur cet item, c’est de moins en moins laborieux. Je retire ma montre Polar car le règlement dit qu’il faut « retirer ses bijoux ».
  • Brief de l’organisateur très clair et rassurant. C’est agréable de sentir qu’on est pas la seule à découvrir le fonctionnement d’une course en eau libre et que cette épreuve « ouverte à tous » est vraiment ouverte à tous !

Parée !

Quand faut y aller…

Une fois dans la chambre d’appel, j’enclenche le « plan d’urgence chouette »

« Comporte-toi avec la confiance de cette fille portant une chouette ». « OK ».

Premier contact avec l’eau à 20,5°C et immédiate pensée admirative pour les courageux qui n’ont pas de combinaison. Le départ se fait à quelques dizaines de mètres du bord, entre deux bouées rouges. J’avais prévu de laisser passer le peloton pour faire un départ tranquille, un peu à l’écart de la cohue. Mais comme vous le savez, entre théorie et pratique, parfois le fossé est grand.

Je n’ai pas réussi à m’isoler derrière ou sur le côté : j’ai donc pris le départ en plein cœur du peloton de 300 nageurs qui brassaient vigoureusement l’air et l’eau. Sur les conseils de Charly d’OpenTri, j’avais listé et imaginé tous les scénarios défavorables susceptibles de se produire (coup de pied dans la figure, lunettes qui tombent, algues, départ rock’n’roll etc.). Voilà, j’étais en plein dedans.

Un petit côté « Wolrd War Z »

Je n’avais jamais vu autant de pieds aussi proches de mon visage mais si je suis là pour vous écrire c’est que j’y ai survécu, et ce n’était pas si terrible (han, trop facile de dire ça après coup !). Le plus pénible/dangereux reste sans aucun doute les brassistes (brasseurs ?) qui sont difficiles à dépasser en toute sécurité, surtout lorsqu’ils sont en brochettes. Mais je ne suis pas énervée, rien n’interdit de nager la brasse et nous sommes sur une épreuve « découverte ouverte à tous ». J’essaye de doubler tranquilou sans me prendre un pied dans la figure ou mettre mon gros orteil dans un trou de nez de quelqu’un derrière.

Un aperçu du départ. J’ai une combinaison noire et un bonnet vert. lolilol.

Petit à petit, le cortège s’étire et je peux enfin me concentrer sur la qualité de l’eau dans laquelle je baigne : plutôt bonne. Elle est trouble mais ne sent pas mauvais et n’a pas de goût (oui, j’ai bu une ou deux petites tasses, cheers). J’imaginais être dégoûtée par l’environnement, mais non, tout va bien. Il n’y a vraiment pas beaucoup d’algues, les conditions sont assez optimales !

Vue du bassin de part et d’autre de la passerelle centrale. Les Caraïbes c’est de la gnognotte à côté.

Je n’ai pas réussi à me concentrer suffisamment pour faire 1250m de joli crawl bien académique (enfin, celui que je sais faire en piscine, qui mérite encore des tonnes d’ajustements). On compte sur ses automatismes et forcément, c’est un peu dégradé, mais ça avance tout seul. On peut alors  réfléchir sur plusieurs thèmes :

  • La motivation à terminer l’épreuve (tant qu’à faire…)
  • Bien s’orienter et se diriger pour ne pas taper un concurrent, un kayak ou une bouée.
  • et le très traditionnel « mais qu’est-ce que je fais là ?! » et son corollaire « Quand-est-ce qu’on mange ? »
  • N’ayant pas ma Polar, les thèmes « Quand est-ce qu’on arrive » et « nage-je assez rapidement ? » étaient écartés d’office. On y survit très bien.

Bloup bloup, fatigue et sortie de tête pour respiration non académique (au centre de l’image)

Les 1250m se sont déroulés sans encombre, sans panique, avec tout de même une pincée de détermination pour avancer un peu plus vite que d’habitude. l’ambiance était sympathique et conviviale, aussi bien dans le village de la course que sur le parcours. Pour être honnête, on n’entend pas grand chose des encouragements des spectateurs sur les berges ou les ponts mais ça fait toujours plaisir d’entendre une clameur et d’apercevoir des mains qui applaudissent.

C’est déjà fini ?

Pouf pouf, ligne d’arrivée : Je tape ma main (celle du bras portant le transpondeur) sur la plaque d’arrivée et passe sous l’arche. Il y a une espèce de planche flottante sur laquelle il faut se hisser afin de sortir de l’eau. Échec. Je fais ce que je peux avec mes bras mais je glisse sur le revêtement lisse et la moitié inférieure de mon corps pendouille mollement dans l’eau. Cette situation ridicule, témoignage authentique de la non maîtrise de l’exercice, dure quelques très longues secondes avant que deux messieurs mettent en œuvre une action combinée de « pousse fesse-tire bras » pour me sortir de ce mauvais pas et que je retrouve un semblant de dignité au plus vite.

Un membre de l’organisation, chrono en main annonce les temps (aucun souvenir…) et un autre m’attrape la tête et me tord le cou pour lire le numéro inscrit sur mon bonnet et le reporte sur une liste papier. Je rends mon transpondeur et la bouée obligatoire pour me rendre au stand de remise des T-Shirts « Finisher ». Je ne suis qu’un énorme sourire sur pattes à ce moment là.

Sortie de flotte, traces de lunettes, bonnet qui remonte et sourire aux oreilles.

[Séquence émotion] Quelqu’un crie mon nom, et j’aperçois alors mon professeur de natation de l’année dernière qui est venue m’encourager. Je suis très touchée par sa présence, c’est un peu grâce à elle si je suis là aujourd’hui.

Sans montre GPS, je n’ai absolument aucune idée du temps que j’ai mis. Je vais donc regarder les résultats sur le site du prestataire de chronométrage ! Misère, je suis bien dans la base de données mais pas dans le classement et aucun temps n’est associé à mon nom ! Pourtant je suis bien certaine d’avoir tapé la plaque avec mon transpondeur ! je leur écris un petit message car même si je ne suis pas une folle du chrono, c’est tout de même assez frustrant de n’avoir aucune idée de son temps sur une compétition ! Verdict : on ne m’a pas remis le bon transpondeur au départ. Quelques heures plus tard, la boulette est réparée.

Dénouement et bilan

J’ai mis 29 minutes 44 et je me classe 25e sur 59 dans ma catégorie (F 25-44 ans).

Beaucoup de joie et une pointe de fierté dans ce chrono qui porte en lui une année de travail appliqué et de sauts dans différents grands bains, dont celui de l’eau libre il y a quelques mois.

à quelques mètres de l’arrivée. trust me, je suis quelque part sur l’image.

J’ai autant flippé en amont qu’adoré cette course une fois dans l’eau, c’est à dire beaucoup. C’est une très belle expérience et une occasion rare de nager en plein Paris dans un cadre enchanteur étonnant et original. J’ai particulièrement apprécié l’adéquation parfaite entre l’annonce « course découverte, ouverte à tous » et ce que j’ai ressenti une fois sur place. Cela m’a permis de me sentir « à ma place » et légitime dans cette course et c’est assez rare pour être souligné.

J’ai donc gagné un bonnet d’une délicate couleur verte et un T-shirt trop grand, mais ce sont avant tout de chouettes souvenirs !

 

 

 

 

6 Comments

Add yours
  1. Georges

    Bonjour Helenne
    Belle perf et belle vitesse 2,5km/h
    J’aime bien ta phrase « J’ai autant flippé en amont qu’adoré cette course une fois dans l’eau », je ressens exactement la même chose sur mes épreuves difficiles en course à pieds.
    Signé : Ton collègue coureur au boulot

    • Graine de Courge

      Bonjour Georges !
      Merci pour ce commentaire 🙂
      Je crois que cette sensation de flipette avant les épreuves est un dénominateur commun à tous les sportifs en fait…
      J’espère que tu as passé de belles vacances à gambader en plein air !
      à très vite pour une sortie pause-dej’
      Hélène.

  2. Yo

    Encore bravo, je retrouve beaucoup de sensations que tu a très bien d’écrits, j’adore et comme quoi même si on cherche pas le chrono on ce prend vite au jeu à quand un 3km si ça existe

    • Graine de Courge

      Merci Lionel pour ton commentaire 🙂 La course était proposée en 3 formats : 1.25km, 2.5km et 5km. On t’y retrouve l’année prochaine ? Bises. Hélène.

+ Leave a Comment