Lorsque la blessure survient

Lorsque la blessure survient


Aïe.

Je me croyais invincible.

En toute humilité et simplicité, je ne pensais pas un jour me blesser.  D’abord, je suis plutôt robuste et rarement malade pour de vrai et en plus, je n’ai jamais eu l’impression de me faire réellement violence dans le sport, tout simplement car ce n’est pas ce que je recherche.  Et un jour, BAM la blessure arrive malgré tout.

Wai, j’ai des références de vieux

Oh, rien de grave. Juste une bonne tendinopathie achiléenne (il paraît qu’on ne dit plus « tendinite »). Le truc qui arrive à tous les coureurs au moins une fois dans leur vie (c’est ce qu’internet dit)

J’ai été têtue en me persuadant que ce n’était « rien » et que ça passerait, qu’il fallait que j’arrête de trop m’écouter. Je n’ai pas été voir le médecin, non, je ne serai pas celle qui creuse le trou de la sécu en consultant pour des broutilles.

J’ai donc couru un 10km (avec RP à la clé, mais il a un goût amer), sur ma tendinite fraîche d’un mois, non soignée. STU-PIDE. Plusieurs semaines après cet élan d’inconscience, voyant que la douleur ne partait pas après moults essais d’automédication et incantations, j’ai enfin décidé d’aller chez le médecin. 10 séances de kiné, 2 mois d’arrêt total de la course, plus de vélo et plus de natation pendant un temps aussi, et un long processus de rééducation. L’Enfer sur ma petite terre à moi.

Alors là, c’est pas très rigolo.

blasitude maximale

Quand le corps médical te dit « ah bah ma p’tite dame c’est parce que vous avez dû trop forcer et puis, à la base il est déjà pas bien robuste ce tendon et puis vous êtes quand même vachement souple des articulations [avec des yeux grands comme des soucoupes qui s’agrandissent à mesure qu’il me plie la jambe] » je peux vous dire que ça fait bizarre et qu’on passe par plein de phases entre honte, colère et incompréhension.

Et une bonne pincée de CULPABILITÉ. Entendre le mot « sur-entraînement » est désagréable car tu peux ressasser 15 fois dans ta tête que tu as une fragilité anatomique et donc un terrain propice aux tendinites, la culpabilité sera toujours là.  Tout cela sonnait à mes oreilles comme un « Tu t’es blessé car tu as dépassé tes limites, bien fait pour toi petite grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf ». Une genre de maxi punition. Cette étape n’a pas été simple à dépasser.

 

Éloge de la patience

Pouf pouf. Le concret arrive : Deux semaines de rien sportif, nothing, nada. Je dois même limiter mes déplacements fonctionnels à pied. Plaisir : zéro, autoflagellation : maximum. Et puis les séances de kiné deux fois par semaine, les ondes de choc (beurk. juste beurk.)

Puis un jour, le kiné te dit « Tu as le droit de reprendre le vélo ». Ce qu’il ne sait pas c’est que ça fait déjà une semaine que j’en fais du vélo parce que j’allais exploser d’ennui sportif et de frustration. J’ai désobéi, j’ai avoué et c’était à moitié pardonné, je ne me suis même pas fait engueuler. C’était juste des tout petits tours à vélo, sur du plat.

Et puis un jour, le kiné poursuit « Bon, on va pouvoir réintroduire la course à pied ». là, on ne rigole pas comme avec le vélo, on ne désobéit pas, on ne déroge pas d’un iota au programme préétabli et archi-progressif.

Le programme est simple, on part de mon niveau d’activité de course à pied avant blessure, et POUF, on divise par trois. Dans mon cas, je courais grosso-modo 2 fois 30 min par semaine avec une sortie longue de temps en temps. Cela donne un point de départ à 2 fois 10 minutes par semaine et on remplace la sortie longue par autre chose (du vélo ou de la marche par exemple). Puis, à chaque semaine, j’ajoute 5 minutes de course par séance, seulement si la semaine précédente s’est déroulée sans encombre. Si une douleur est survenue (dans ce cas là c’est arrêt immédiat et non négociable de la séance), on reste sur la même durée d’une semaine sur l’autre.

Oui, ce gif est animé. Mais très lent. Un peu comme mon plan de reprise.

C’est long, lent, strict et fastidieux. Mais j’ai tout de même obtenu une dérogation spéciale du kiné pour ma semaine #6 (25 minutes) afin de participer à une course nature de 10km qui me tenait beaucoup à cœur. (Récit ici !)

Et puis il a cet effet secondaire un peu déroutant dont on ne parle pas beaucoup : la prise de poids. Certes ce n’est sans doute pas une conséquence systématique pour tous les blessés, les variations de poids sont tellement multifactorielles ! mais là, la réduction drastique de mon volume de course à pied et l’humeur triste associée à cette expérience y sont pour beaucoup.

J’en souffre encore beaucoup car cela rajoute de la difficulté à l’expérience globale de la blessure. Mon aspect esthétique me convient, le regard des autres me passe totalement au dessus de la tête. Je ne me trouve pas grosse mais je me sens (et suis) plus lourde et plus volumineuse.

Cela entrave ma pratique sportive et c’est ça qui me pèse, ainsi que les vêtements devenus inconfortables et les cuisses qui frottent encore plus. Va traîner 6 kilos de corps en plus quand tu es déjà en reprise poussive et difficile niveau cardio après deux mois d’arrêt total. La sensation que mon corps est un boulet non coopératif que je dois traîner, je ne m’y ferai jamais.

Allégorie.

J’ai beau essayer de mettre le plus de bienveillance et de bodypositivisme possibles dans la relation avec mon corps, là c’est au dessus de mes forces, je ne me sens pas bien. Mais il est hors de question de faire un régime ou de me sur-entraîner pour « brûler de la calorie », car tout cela est aux antipodes de ma conception du rapport alimentation-sport, alors je vais juste laisser du temps au temps. Encore une histoire de patience.

Astuces pour que la reprise soit plus douce

Alors non, on ne peut pas guérir du jour au lendemain. Et même si on a toute légitimité à être ronchon et broyer du noir (c’est ok d’être triste !), il existe quelques petits trucs pour garder le moral et limiter la frustration et le sentiment d’impotence. Voici les miens :

  • Faire durer le plaisir simplement : 10 minutes de course c’est très, très court. En fait, en dessous de 30 minutes je trouve ça péniblement trop court :  Se mettre en tenue de sport et aller transpirer pour si peu de temps, c’est lourd. Donc j’ai toujours couplé mes sorties avec de la marche à pied (qui encadre la période de course), pour arriver à des séances de 30 minutes minimum, la durée habituelle de mes sorties pause dej’. Gros avantage : ça fait office d’échauffement et de retour au calme !

 

  • Aménager :
    • Sur le vélo, j’ai retiré mes pédales automatiques (qui contraignaient la position de mon pied sur la pédale) afin de pouvoir pédaler « avec le talon » : le mollet est ainsi très très peu sollicité, ça préserve le tendon. Ce sont les cuisses qui font tout le boulot 🙂 Pour des sorties sur du plat ça fait très bien l’affaire, par contre on oublie les sorties VTT avec du dénivelé et des passages engagés ! cette astuce m’a permis de profiter des vacances thème vélo avec ma famille !
      • Pareil pour la natation : le crawl peut se nager sans les jambes, avec l’aide d’un pull buoy et on peut nager sans faire une belle maxi poussée au mur 😉

 

  • Intensifier sa pratique…dans d’autres sports et même découvrir de nouvelles façons de bouger ?! Et pourquoi pas passer du côté organisation d’évènements sportifs en devenant bénévole sur une course par exemple ? (si ton moral te le permet ! pas évident de voir tout le monde courir autour de soi :)) Pour ma part, je me suis gavée de sorties vélo Gravel (VTC sportif) et j’ai découvert la nage en eau libre !

C’est comme courir. Mais horizontalement, avec les bras, dans l’eau avec une combinaison.

  • Tenir un journal de progression et partager ses expériences. Cela permet de se concentrer sur ce qu’on a fait, ce que l’on fait plutôt que sur tout ce que l’on ne peut pas (encore) faire. Instagram m’a beaucoup aidée par exemple ! On a même lancé un hashtag avec des copines blessées pour partager nos aventures (#teaméclopées). j’ai aussi une page sur mon Bullet Journal, où je note mon programme et mes impressions.

mon Bu.Jo.

  • Trouver des compagnons d’infortune, qui ont eux aussi des restrictions pour quelque raison que ce soit (blessure, reprise après arrêt, débutant total…). On a les mêmes problématiques, des contraintes qui se ressemblent et sont compatibles.  Mon programme de reprise course à pied ultra-progressif a bénéficié à une collègue qui n’avait pas couru depuis très longtemps, mais également à une autre collègue qui ne court pas mais qui avait envie de marcher le midi ! Et puis j’ai participé à ma course de 10km avec une copine blessée elle-aussi !

 

  • Utiliser ce temps pour s’informer, (re)découvrir les bonne pratiques pour éviter les blessures à l’avenir. Il y a bien sûr le conseils du corps médical et paramédical, dans le cadre du traitement et de la rééducation.  Mais il y a aussi le bon sens et quelques principes simples comme ceux décrits par LeCouriste dans son article :« Limiter les risques de blessure » (Coucou Maxime 😉

Une autre approche

J’ai l’impression qu’un peu partout, et particulièrement sur les réseaux sociaux, la médiocrité/lenteur/absence de performance sportive sont désormais acceptées… du moment que tu progresses et/ou que tu te dépasses !

Sauf que voilà, quand t’es blessé et en rééducation, tu régresses tout d’un coup ET c’est une très mauvaise idée de « se dépasser »En effet, si ton tendon te dit non, que le kiné a dit NON NON NON, mais que ta tête et ton mental d’acier te disent « allez, dépasses toi, continue »….je vous laisse imaginer le carnage.

Non. Pas une bonne idée du tout de forcer sur une blessure.

Moi aussi j’ai dit « le chrono ? je m’en fous ». Et c’était vrai !  Cependant, je me rends compte maintenant qu’annoncer ça quand la smart-montre de sport confortablement vissée au poignet indique des chiffres sympa, des chiffres en progression, des chiffres que Strava félicite automatiquement, ça va. C’est niveau difficulté 1/5 sur l’échelle du détachement de la performance.

Grâce à cette blessure, j’apprends à courir avec un nouveau regard, un regard qui se détache véritablement et profondément de tout ce qui peut représenter une source de pression pour ne me concentrer que sur le plaisir d’être en mouvement. C’est un peu paradoxal : J’accepte peu à peu la régression sans déception, même si chaque micro-progrès est une joie.

Le mot de la fin ! Aujourd’hui encore plus qu’avant, mon chrono ne définit pas la sportive que je suis. Et je ne dis pas ça parce que mes allures sont lentes et mes sorties courtes en ce moment.

(oui j’ai honteusement copié sur ElyKilleuse qui dit quelque chose comme »ton poids sur la balance ne définit pas la personne que tu es »)

 

 

 

 

 

 

1 comment

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  1. aquarelle

    Le vrai défi c’est de ne pas sous-estimer les douleurs et tensions corporelles et leur nécessité de soin. Le bon sens c’est évidemment du repos pour vérifier si ça persiste ou non avant de consulter, mais souvent on assimile tellement le sport à l’effort et l’effort à la douleur / l’inconfort physique que ça en devient un signe positif et encouragé, comme quand on s’enthousiasme de courbatures car on les associe à un sentiment « d’avoir bien travaillé ». C’est je crois une ambivalence très forte dans le sport et sa culture qui coûtent beaucoup au corps l’air de rien et qui teinte énormément le rapport au mouvement et à soi. Le plus violent c’est qu’on fait passer ça sur un fond social de « prendre soin de soi/sa santé ».

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