Littérature sportive : le crawl

Littérature sportive : le crawl


Inauguration de la section « Les yeux, les oreilles », dédiée aux différents produits culturels que j’aurais eu l’occasion de lire/écouter/regarder !

Lire pour mieux nager

La natation hors bassin évoque sans doute un certains nombre d’images d’Epinal ! Oui, ces vieilles gravures du début du siècle avec toute une armée de jeunes gens allongés à plat-ventre sur des bancs mimant un ciseau de brasse qui tient plus de la grenouille rainette que d’Adam Peaty.

Je trouve que la natation se prête très bien à une approche écrite, à grands renforts de schémas et dessins, car c’est une discipline dite technique avec une barrière à l’entrée assez laborieuse à surmonter. Je ne parle pas du ticket d’entrée à la piscine, qui coûte entre rien du tout et 180€ (Piscine Molitor), mais bien de l’effort à fournir pour arriver à nager de manière efficiente (ou efficace, selon les objectifs de chacun)

En course à pied, pas besoin de technique particulière pour avancer sur des distances moyennes, avec des performances moyennes (évidemment quand on veut se lancer sur des choses plus corsées, il en est autrement). En natation, l’absence totale d’apprentissage peut-être beaucoup plus délétère : au mieux on arrive à se mouvoir cahin-caha, au pire, on coule.

Les gifs de noyade sont assez hardcore. Alors je sors un joker avec des petits cochons trop mignons

Pour l’apprentissage, la pratique in situ (c’est à dire dans la flotte) est à mon sens indispensable. J’aime cependant lire après les cours et séances de natation pour plusieurs raisons

  • Un remède à la densité : Qui dit discipline technique dit une quantité invraisemblable d’informations à emmagasiner et traiter en peu de temps, le temps de la séance. Souvent, c’est trop pour moi, mes synapses saturent, la myéline surchauffe. J’aime retrouver, au calme posée dans mon canapé en sirotant un Cosmopolitan, les notions abordées durant le cours. Prendre mon temps pour décortiquer des schémas, ne pas être dans l’urgence. Si je ne comprends pas du premier coup la notion expliquée dans le livre, ce n’est pas grave, j’y reviendrai plus tard. j’évacue ainsi toute forme d’urgence et de stress dans l’apprentissage.

Ok, je ferai gaffe à mon retour aérien la prochaine fois. Relax.

 

  • Objectiver les perceptions aquatiques. J’ai l’immense chance de pouvoir me filmer/photographier lors des cours de natation. S’il y a bien une chose qui m’a frappée c’est la différence (parfois ahurissante) entre mon ressenti et la réalité. exemple concret : alors que j’ai l’impression de faire des battements de jambe de faible amplitude la vidéo me prouve le contraire. C’est aussi déstabilisant qu’utile pour corriger ses défauts (mais aussi valider et conforter certains acquis !). Une fois que j’ai une vision non biaisée de ma nage, grâce à cet œil extérieur parfaitement objectif (haha), je peux rapprocher cette image des images que je trouve dans les livres. Je compare donc des images avec d’autres images modèles et cela me permet de jeter des ponts entre théorie et pratique.

ressenti vs. réalité

  • D’autres sons de cloche. Un prof de natation peut dire « ding » alors que le livre dit « dong ». Plusieurs écoles, plusieurs « ding ding dong ». Changer de crèmerie le temps d’une lecture peut-être un exercice intéressant. Pour sa gouverne curieuse, pour constituer un état de l’art et comprendre les différents courants pédagogiques et techniques. Il n’y a pas une seule façon de nager le crawl, et même si certains grands principes semblent immuables, de nombreuses déclinaisons existent à la marge, permettant de contenter le plus de monde possible (envies, objectifs, morphologies etc.)

 

Nager un crawl efficace

Nager un Crawl efficace, Matthieu Chadeville, éditions Amphora (18,50€)

Il s’agit d’un livre de Matthieu Chadeville (créateur du site Natation Pour Tous, que je vous recommande archi-chaudement) estampillé « pour tous », mais je dirai qu’il convient particulièrement aux débutants et niveaux intermédiaires. Une torpille des bassins en club depuis ses 3 ans et demi n’y trouvera peut-être pas son compte. L’auteur organise depuis longtemps des stages de natation et a donc puisé dans son expérience pour prodiguer des conseils adaptés aux « vrais problèmes et difficultés » des nageurs, et ça se sent ! Tout est très connecté à la réalité !

L’ouvrage se décompose en plusieurs partie, voici ce que j’en ai tiré :

  • Présentation de 6 principes pour progresser. Je dirai que ces conseils sont ceux du bon sens qu’on a tendance à oublier. Le genre de  trucs qui te font penser « bah oui, bien-sûr, c’est E-VI-DENT ! » mais que l’on n’applique pas forcément spontanément.
  • Une méthode de progression en 11 étapes qui promet de nous faire nager un crawl efficace. Une « étape » (ex. « Le roulis », « Accélérer le mouvement des bras sous l’eau » etc.) c’est un objectif, un diagnostic et des points à valider, des explications très claires et illustrées, et enfin, un résumé et des exercices.
  • Des petits topos sur le matériel existant pour l’apprentissage. Les piscines municipales parisiennes ne sont vraiment pas propices à l’utilisation de matériel. Soit c’est interdit, soit la densité de nageurs fait qu’il n’est pas confortable de faire ses exercices spécifiques tranquillement. J’ai lu cette partie avec une pointe d’amertume « ah ça a l’air cool ça…. ». En vrac : Pull buoy, tuba frontal, plaquettes, plaquettes d’avant-bras etc.
  • Un jeu de questions-réponses. Alors ça, c’est très bien fichu car les questions sont très exactement celles que je me posais !
  • Des propositions d’exercices que l’ont peut retrouver en vidéo en ligne grâce à un QRCode !
  • 7 exemples de séances, de 1050 m (difficulté 1/3) à 2200 m (difficulté 3/3). par ailleurs, le site natation Pour tous propose également un générateur de séances d’entraînement à partir d’entrées telles que la distance et le type de séance (endurance, vitesse ou mixte), les nages (incluant papillon ou pas) et le temps de récupération.

En résumé : Ce livre ainsi que toutes les ressources disponibles sur le site de l’auteur m’aident beaucoup. C’est technique tout en restant accessible, c’est donc un pari de vulgarisation très réussi.

Nager un crawl performant

Nager un Crawl performant, Didier Chollet , éditions Amphora (29.90€)

Ok, avec ce titre, on dirait une contrefaçon du livre précédent. Mais il n’en est rien : cet ouvrage est très différent, une approche bien particulière. Il fait intervenir des experts de différents champs : des scientifiques, des nageurs, des entraîneurs et des pédagogues.

Nous sommes en présence d’un bon gros pavé un peu rebutant au premier abord car il contient une quantité astronomique (287 pages) d’informations sous forme de texte, tableaux, graphes, images, illustrations etc. La mise en page n’aide franchement pas à la lisibilité de l’ensemble et les photos en noir et blanc sont un peu datées et atrocement pixelisées. En deux mots, c’est moche.

Un petit côté album Panini. collectionne les différentes images « étapes du crawl ».

Cependant, j’adore ce livre car il satisfait mon esprit cartésien et mon besoin d’objectivation. Étant archi-friande de schémas et graphes, je suis comblée. Ce livre n’est pas un manuel conçu pour les débutants : c’est tout sauf un « how to swim ? » façon tutoriel.

Il s’adresse aux nageurs (et entraîneurs ) qui veulent aller vraiment dans le fond des choses, dans la technique et la physiologie du sport, à travers des analyses fines. Pour moi, ce livre ne se lit pas d’une traite (bravo si vous y arrivez…) mais il se consulte au gré des envies et des besoins : il s’explore. Et il y en a franchement pour un bon moment. C’est comme une encyclopédie.

Pour résumer, seule une petite partie du livre va me servir de manière concrète, pour améliorer ma technique. Comme débutante je ne fais clairement pas partie du cœur de cible. Mais tout le reste est très enrichissant pour la « culture générale » sportive et natatoire !

Un exemple de ce qui me parle beaucoup et que j’ai adoré découvrir.

Il y a aussi toute une partie organisée sous forme de « un point technique à corriger = une fiche », plus concrètes que toutes les études présentes dans l’ouvrage. Dans chaque fiche, le point technique est identifié, décrit, caractérisé et une « démarche de remédiation » est proposée avec des exercices. Il y a beaucoup, beaucoup de ces fiches. J’adore les lire par curiosité, cela me fait réfléchir sur ma façon de nager (je me demande « est-ce que je fais comme ça moi ? »).

Des fiches très très complètes. Salade, tomate ET oignons.

Et tant d’autres…

Le site natation pour tous a une librairie bien fournie : des dizaines d’ouvrages sont présentés ! Je vous encourage à aller explorer tout ça.

Et vous ?

N’hésitez pas à me parler de vos livres de natation préférés en commentaire ! Et même de votre rapport au sport dans les livres !

 

1 comment

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  1. aquarelle

    La lecture dans mon apprentissage de la natation a été le facteur le plus important pour moi avec l’expérimentation. J’ai expérimenté, j’ai pris quelques cours, mais j’ai enfin eu les outils et les mots en lisant, pour trier les sensations complètement nouvelles et pas du tout compréhensibles que j’avais ressenti. Avant de lire des livres j’ai surtout lu le site natationpourtous et son forum, où je ne comprenais pas grand chose mais à force de lire, de regarder les vidéos, de faire l’énorme effort d’essayer d’écrire mes sensations et de poser mes questions de façon compréhensible (hyper dur), de lire des nageurs du forum écrire sur leur propre pratique et de passer ma vie dans les bassins, ça s’est mis en place. Perso je trouve très utile de revoir certaines choses juste avant de nager, et la visualisation est un formidable outil aussi avec la vidéo.
    La possibilité de lire sur la technique est une dimension de l’apprentissage extrêmement porteuse car elle permet (si on fait un travail de lien bien évidemment) une autonomie impressionnante grâce à l’intériorisation qu’elle suppose (même si j’imagine qu’un entraîneur qui a vraiment le temps de déplier la technique et pas seulement la démonstration, et qui le fait de façon énormément répétée permet aussi ce travail là) et ce, quelle que soit la nage, voire la discipline. Elle soutient un processus d’exploration sensorielle sur une façon de se mouvoir, de se positionner, de chercher des signaux corporels dont on se fout royalement la plupart du temps ou qu’on n’a juste jamais eu idée de chercher à percevoir. Elle soutient un processus d’autoévaluation pour comprendre et surtout comparer ce qui est recherché et ce qui est vécu, mais aussi comparé ce qui a été avant et après modification, et donc repérer si la modification est intéressante. Se faire entraîner, se faire filmer, c’est juste génial, et ce sont d’autres outils d’après coup (comme le chrono) qui participent aussi à ces processus très internes et subtils qu’il faut pouvoir développer pour être capable d’améliorer à l’instant même où tu pratiques (car ce que j’ai découvert c’est que amélioration technique = plus de confort et de plaisir 😀 ). La capacité de convoquer en soi des contenus mentaux capable de soutenir son exploration sensorielle me paraît indispensable personnellement (peut-être le trouverais-je plus notable pour un apprenti adulte, mais je n’y ai pas bien réfléchi) parce que c’est sur le moment que ça se passe (après ça devient automatisé et intuitif, voire généralisable). Sans ça je pense qu’on peut s’ennuyer vraiment vite au début.
    En plus c’est extrêmement stimulant et ça fait que même quand tu n’as pas de coach, de programme d’entraînement pensé pour toi, qu’il y a 10 nageurs dans ta ligne dont un qui a des ciseaux de brasse mimant à la perfection le grand écart latéral, tu trouves un truc cool à faire dans l’eau car tu apprends à sentir et à traiter mentalement tes sensations pendant et plus seulement après. Ça donne beaucoup de possibilités en terme de progression, d’apprentissage de nouvelles nages, d’exploration créative, de redéploiement dans d’autres disciplines, et tout simplement pour profiter du moment.
    Ce que je trouve ultra intéressant aussi comme support ce sont les vidéos commentées mais ça suppose peut-être plus d’avoir intégré quelques bases techniques en amont. J’adore voir à l’œuvre l’expertise d’un professionnel sur la nage, la technique, quand il trie en plus les infos et pas seulement quand il fait un état des lieux des trucs voyants (même si c’est déjà cool). Je me mets alors à découvrir le contenu mais aussi à observer le processus à l’oeuvre de la part de celui qui se prête à l’exercice, ça donne un autre relief au contenu que le livre technique peut rendre un peu plus confus parfois noyé dans un ensemble qui semblerait purement factuel.
    Niveau livres j’ai les deux dont tu parles et quelques autres. Le premier, je l’aime beaucoup. Quand je pense à la méthode pédagogique à laquelle j’ai eu droit en crawl, je me dis qu’on a beaucoup de chance d’avoir accès en ligne au contenu réuni par cet auteur (et enrichi par les nageurs du forum qui m’ont beaucoup appris). J’ai adoré aussi Nager au carré qui a enfin été réédité, peut-être parce que la dimension subjective m’a aussi beaucoup plu (thèmes plus larges). Le second, Nager un crawl performant est un de ceux que j’ai le moins utilisé. J’ai tenté l’exploitation pratique via les fiches mais ça n’a pas été super concluant. Cela dit c’est vrai que c’est un livre très riche et je n’exclue pas pouvoir être agréablement surprise à une autre occasion où j’aurai envie de le réouvrir. J’avais commencé une revue critique de mes livres de sport, un jour peut-être j’aurais fini et je la partagerai 🙂
    Je rajouterai aussi que c’est en donnant des conseils à des nageurs que j’ai pris la mesure de la difficulté que c’est de trouver, retranscrire et trier les bons conseils pour un autre nageur. Ça a donné d’autant plus de valeur à ces ouvrages qui restituent ce travail car si c’est hyper simple de dire à quelqu’un qu’il croise trop son axe ou désaxe trop son corps à l’inspi avec sa tête, c’est par contre rarement si utile que ça. C’est sur le forum NPT notamment que j’ai réalisé à quel point le défaut observable c’est pas forcément la cause sur laquelle agir pour le corriger. L’iceberg et tout ça quoi. 😀

    (La fille qui fait un commentaire plus long que l’article auquel il réagit)

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