Construire soigneusement un itinéraire cyclotouriste relaxant


Si il y a bien un truc que je déteste à vélo c’est d’être contrainte d’emprunter des itinéraires moches et/ou dangereux. Quand on habite Paris, sa région ou une autre grande agglomération, le risque de se retrouver dans une situation pourrie est très élevé. De plus, il m’arrive régulièrement de faire du vélo avec mon petit frère de 10 ans et mes cousins de la même tranche d’âge : ces sorties nécessitent un très haut niveau de sécurité et l’improvisation est toujours assez peu confortable.

Typiquement là où je ne veux jamais me retrouver à vélo : Petit sentier mignon et parfaitement sécurisé.

Ainsi, je prépare quasiment toujours mes itinéraires à l’avance, que je sois seule ou accompagnée. Attention, cela ne signifie pas que tout écart ou improvisation est proscrit ! Mais dans tous les cas, j’aime disposer d’un itinéraire fiable auquel me raccrocher facilement.

Où vais-je, qui suis-je ? Dans quel état j’erre ? Où est cette ù*$ù de D187 ?

Après bientôt deux ans de pratique cyclotouriste régulière, dans tout un tas de configurations, je suis convaincue que le temps passé à la préparation (non négligeable) d’un itinéraire est largement justifié au regard des bénéfices qu’il apporte : beauté du paysage, intérêt touristique, réduction de l’anxiété, moindre dangerosité bref…plus de plaisir en ce qui me concerne.

Il arrive également que je parte sans rien, par choix. Pour me perdre volontairement. Si cette approche vous parle plus que la planification, alors stoppez votre lecture ici.

Première approche du tracé

Tâter le terrain

Avant tout, je prends le temps d’explorer globalement le contexte de la sortie sur une carte papier ou web : apprécier la topologie, les massifs, les vallées (important quand le dénivelé positif est un critère majeur), les grands axes routiers qu’il faudra traverser, longer de loin ou ne surtout pas rencontrer, la présence de cours d’eau, le noms des grandes villes autour etc.

C’est également le moment de regarder s’il n’y a pas de curiosités touristiques ou lieux remarquables à aller voir !

Quand tu as une église romane, un écomusée, un menhir, une source d’eau chaude et une échelle d’écluses Freycinet à caser sur la même sortie.

J’en profite également pour repérer les lignes de train/RER à proximité, en cas de besoin de rapatriement pour x ou y raison.

La technologie

Dans le cas où je souhaite un trajet d’un point A à un point B (j’évoquerai le cas des itinéraires « boucle » plus loin), vient alors le recours aux outils de création d’itinéraires sur internet. J’en utilise 3 en même temps, qui ont chacun leurs avantages et inconvénients.

CalculateurAvantagesInconvénients
KomootConçu pour différents types d’activités (randonnée, cyclisme) et propose donc une granularité fine dans le type de vélo ! VTT, Randonnée, course, Gravel…. Fonds de carte agréables. Aplication smartphone associée. Permet de créer des itinéraires en boucle facilement ! Mon appli préférée.Certaines fonctionnalités telles que l’export GPX sans contraintes font partir de l’offre payante (très raisonnable et one shot, ps un abonnement). l’accès aux carte d’IDF fait partie d’un pack gratuit.
GéovéloConçu spécifiquement pour le vélo, application française (dispo en ligne et sur l’appli associée), prend bien en compte les véloroutes existantes. Propose trois types d’itinéraire au maximum : recommandé, sécurisé et rapide. Export des GPX facile. Pas de distinction dans le type de vélo utilisé. Correspond à une pratique orientée route, VTC léger.
Google MapsEn complément des deux autres ci dessus. L’immense avantage de Google maps est la fonction « Street view » dont je me sers dans l’étape suivante.Pas conçu pour le vélo spécifiquement, propose donc parfois des itinéraires très fantaisistes. pas de prise en compte du type de vélo.

Je compare à grosses mailles les trois (ou plus) tracés proposés par l’ensemble de ces outils, leurs points communs, leurs divergence (et à quoi elles sont dues), et aussi le dénivelé positif annoncé (super important quand on a un vélo chargé ou des marmots qui râlent en montée…)

Cas pratique :

mmmmm mon petit doigt me dit que ça craint.

En violet, un des itinéraire proposés par un calculateur d’itinéraire. à vue de nez, c’est pourri. une départementale que l’on emprunte très longtemps (20 km, soit environ 22% du parcours !), qui est très droite (donc gens qui roulent vite), qui part en étoile après une grande ville (Chartres) et est coincée entre deux autres grosses départementales (en jaune D923 et D909). Je n’aime pas ça….vérifions quand même avec Google Street view.


typiquement un endroit où je n’aimerai pas être

Oh. ouais, c’est mochement conforme à ce que j’imaginais. Surprise, on dirait un aménagement cyclable de chaque côté. c’est sans doute pour cela que le calculateur d’iinéraire veut nous faire passer par là. Par acquis de conscience allons voir quelques kilomètres plus loin quelle tête ça a.

Toujours aussi dégueu

Il s’agit donc en effet d’un aménagement cyclable, on aperçoit même un vélo au loin. Mais non, cela ne me donne pas plus envie. Next. J’écarte cet itinéraire dont 20% de la distance ne me convient pas et les éventuels contournements risquent de m’allonger considérablement le parcours. Finalement j’ai préféré faire une station de plus en train et choisir le parcours bleu (même distance !) qui serpente un peu plus au sud mais emprunte des routes beaucoup plus jolies et moins dangereuses (avec notamment un tronçon de la véloscénie Paris-Mont-Saint-Michel)

Ma quiétude cycliste me coûtera 2€ et 10 min de train en plus.

J’exporte en .GPX (format pour les traces GPS) le ou les itinéraires qui me semblent les plus pertinents (important pour la suite) et  je les charge dans una carte Google maps (re-important). Comment faire ? Sur Google Maps : Vos adresses > Cartes. Créer une nouvelle carte pour le projet, ajouter des « calques » pour chaque trace GPX. Attention pour avoir accès à Street view il faut sortir du mode « édition » dans lequel vous serez entré pour ajouter des calques. Fermer et ré-ouvrir Vos adresses > Cartes > Sélectionner la carte.

Retours d’expérience

On ne va pas systématiquement réinventer la poudre à chaque sortie cyclotouriste. Certains itinéraires sont des grands classiques ou des itinéraires « institutionnels » (véloroutes européennes, circuits cyclotouristes balisés etc.) et vous ne serez donc pas le premier ou la première à les emprunter. Bingo ! Il y a de fortes chances que vos prédécesseurs aient laissé une trace de leur périple sur internet que ce soit sur un blog ou un forum. Je pars du principe que tout retour d’expérience est bon à prendre, donc j’épluche internet pour m’aider à choisir.

OK GOOGLE :  » trace+GPX+nom_de_la_région+vélo »

Le temps de l’adaptation

Des fois oui, des fois non

L’adaptation répond à plusieurs besoins, qui varient en fonction des situations et des envies. Globalement il s’agit de trois axes non exclusifs : beauté du paysage et intérêt touristique / sécurité /difficulté (d+) . Il m’arrive, quand je suis seule et pressée, de faire confiance aux calculateurs d’itinéraires sans en vérifier les propositions dans le détail. Dans ces cas là, ma préférence va indubitablement à Komoot. J’en suis globalement satisfaite même si j’ai eu quelques surprises, qui sont restée gérables (essentiellement du paysage hyper-moche et de la route « pas sympa » mais acceptable pour une cycliste adulte prudente).

Lorsque j’ai le temps et vraiment envie d’un itinéraire joli, relaxant, champêtre et/ou sécurisé, avec les différentes étapes précédentes, mon cerveau a pu faire la synthèse de tous les éléments glanés aux étapes précédentes et je peux alors commencer à tracer mon tracé et à l’adapter à mon niveau d’exigence.

Bienvenue dans le monde des control freaks de la trace GPX. On s’amuse comme des petits fous.

Pratico-pratique

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’outil le plus intuitif et pratique que j’ai trouvé pour le tracé d’un itinéraire est Strava. Hé oui, je dessine les itinéraires que je vais parcourir à 15 km/h de moyenne sur Strava le temple de la performance, le haut lieu de la chasse au KOM, la place de marché du Kudos !

Explorer > Mes itinéraires > Créer un itinéraire. Sélectionner « sortie vélo », utiliser la popularité enclenché.

Attention, méthode perfectible mais qui a fait ses preuves jusqu’ici :

  • un fond de carte + strava ouvert en moitié d’écran pour dessiner l’itinéraire définitif. (UPDATE : Strava a passé en version payante la fonctionnalité de dessin d’itinéraire, c’est trè embêtant)
  • et un google maps avec mes itinéraires pré-sélectionnés (+google street view) sur la deuxième partie de mon écran, pour explorer et choisir quelles directions prendre.

Vos adresses > Cartes. Créer une nouvelle carte pour le projet, ajouter des « calques » pour chaque trace GPX. Attention pour avoir accès à Street view il faut sortir du mode « édition » dans lequel vous serez entré pour ajouter des calques. Fermer et réouvrir Vos adresses > Cartes > Sélectionner la carte.

voici un aperçu de mon écran, avec le « modèle à adapter » sur la gauche (Google Maps) et l’itinéraire final en cours d’élaboration sur la droite (Strava)

J’avance petit à petit en retraçant l’itinéraire que je veux sur Strava, en m’inspirant du meilleur des itinéraires des calculateurs pré-sélectionnés. je fais des points « google street view » très réguliers pour regarder la tête de la route. Lorsque l’itinéraire déjà tout fait propose quelque chose qui ne me va pas, je tâtonne jusqu’à trouver une déviation conforme à mon cahier des charges, puis je reprends l’itinéraire proposé. Il est également possible que les itinéraires pré-conçus fassent excès de zèle alors qu’une voie plus directe est tout à fait praticable.

Ce qui me permet de vérifier en même temps que je le trace la tête des routes empruntées et adapter au besoin !

C’est une opération qui peut paraître (très) fastidieuse, j’en conviens, surtout les premières fois. Pour un trajet d’une centaine de km avec mon niveau d’exigence, cela me prend environ 2 heures, souvent en plusieurs sessions de travail. Personnellement, j’aime beaucoup la préparation des itinéraires et je considère que cela fait partie intégrante de l’expédition.

Pour les itinéraires « balade » en boucle, je saute toutes les étapes de comparaison d’itinéraires…puisque rien n’est proposé pour composer automatiquement une boucle touristique (sauf sur Komoot, mais jamais vraiment essayé à ce jour). Je créée mon itinéraire en fonction de la topologie et les correspondances Google Street view. Astuce : Quand je suis avec des enfants, je prévois souvent une deuxième moitié de parcours sur des voies vertes (infrastructure dédiée), ce qui est beaucoup plus rassurant pour tout le monde lorsque leur attention commence à décliner avec la fatigue.

De l’intérêt de Google Street view

Cet outil m’est extrêmement utile pour composer mon itinéraire définitif pour les raisons suivantes :

dangerosité réelle vs. supposée sur une carte

Il semble assez évident de ne pas faire passer un itinéraire vélo sur une autoroute ou une 2×2 voies (dangereux ET interdit). Logique identique pour une nationale (sauf cas extrêmement rare d’aménagement cyclable…). La question de la largeur et fréquentation (donc cyclabilité potentielle) des routes départementales et communales se pose vraiment, c’est à dire qu’il est assez rare de pouvoir déterminer « sur plan » si c’est une bonne idée de l’emprunter ou pas. Seule une immersion par Google street view me permet de jauger avec une assez grande fiabilité ces éléments, en particulier pour les départementales.

Le revêtement

Il est communément admis que chaque vélo a son terrain de prédilection : parfois il y a des incompatibilités supportables (rouler sur la route avec un VTT par exemple), parfois moins envisageable (rouler sur un chemin pierreux chaotique avec un vélo de course en roues carbone et pneus de 21mm). Le revêtement du tracé est donc un facteur à prendre en compte. Komoot est l’outil de création d’itinéraire qui prend le plus en compte cette exigence, vous pouvez choisir gravel, VTC, course, rando etc.) et vous indique le % de chaque type de revêtement et de route avec précision et par tronçons.

Précisions Komoot

Géovélo propose quelque chose d’un peu différent et moins précis, a proportion de voies aménagées, tranquilles ou autres.

Caractérisation de l’itinéraire.

La Google-car passe par beaucoup d’endroits…mais parfois des chemins restent inexplorés (et tant mieux, ça laisse un peu de mystère et d’aventure). J’utilise donc une petite technique d’extrapolation : je me mets à l’intersection dudit chemin avec une route couverte par le service street view, et je regarde de quoi a l’air l’extrémité du chemin, répéter l’opération aux différentes intersections encadrant la portion qui vous intéresse. généralement cela donne une bonne idée de l’état du chemin. Je me suis fait avoir quelques fois, c’est un risque. Oh, un bien beau chemin aux extrémités qui se transforme plus tard en cuvette de boue. Je me console en me disant que c’est toujours mieux que de se faire doubler par un semi remorque sur une grosse départementale.

Préparation mentale

Préparer minutieusement le parcours et utiliser Google Street view pour m’immerger virtuellement à certains carrefours stratégiques de l’itinéraire me permet de les mémoriser (un peu) et de me détacher (un peu aussi) les yeux du GPS quand je roule . Je jalonne ainsi mon parcours de repères visuels simples, ce qui peut être assez utile à l’abord de carrefours un peu facétieux (« on tourne à droite au calvaire, puis à gauche au Bar de la Poste ! »)

De la complémentarité papier/dématérialisé

Ah, le traditionnel débat Carte papier contre GPS ! Hé bien, je dis : les deux mon Capitaine ! Le GPS pour l’opérationnel et le papier en plan B et pour le plaisir lors des pauses.

Équipement de pointe

On fait de très bonnes applis « GPS » pour smartphone de nos jours. On fait d’ailleurs de très bons smartphones et de très bons supports vélo étanches pour de smartphones. Cependant, je préfère laisser mon smartphone en dehors de tout ça et le garder pour les communications, les photos, les pauses culturelles (qu’est-ce qui pousse dans ce champ ? Quelle est l’histoire de cette église romane du VIe siècle ?) et les « urgences » (quand est-le prochain train pour Paris ? et à combien de kilomètres se trouve une bonne pizzeria ?).

Quand on fantasme 80km sur une pâtisserie à la boulangerie de la ville d’arrivée, autant s’assurer qu’elle sera ouverte.

j’utilise un GPS conçu pour la randonnée pédestre, ce qui me permet d’avoir un fond de carte très précis (qui mentionne donc les chemins et sentiers en plus du réseau routier !) . C’est un vieux machin saucissoné sur ma potence à l’aide d’une vieille chambre à air, qui ne calcule pas la puissance développée par mes jambes quand je pédale, mais qui m’a toujours menée à bon port. Je l’aime beaucoup car il fonctionne à piles ce qui ne court pas (plus ?) les rues. Étant donné d’une conscience écologique, j’utilise bien évidemment des piles rechargeables….et en emmener de rechange me confère donc une sacrée autonomie !

Par précaution, je charge toujours ma trace dans le cloud (partagé avec mes compagnons de route grace à un envoi mail par exemple) et j’ai plusieurs appli installées sur mon smartphone (komoot et GPX viewer).

On voit double !

Disposer d’une aide au guidage en temps réel est un gain de temps absolument énorme. Finis les arrêts à chaque carrefour pour sortir la carte, la déplier, situer, décider, replier la carte, ranger la carte et repartir. Avec un GPS je peux me permettre de suivre un itinéraire très fin, en effet, les itinéraires adaptés empruntent souvent pléthore de petites routes, on va rarement tout droit longtemps.

En partant du principe que toute technologie électronique est faillible, la carte papier reste une valeur sûre « au cas où ». De plus, quel bonheur de se pencher à plusieurs sur une gigantesque carte dépliée en retraçant du bout de l’index l’itinéraire déjà parcouru et celui restant à parcourir ! Pour moi la traditionnelle carte papier fait partie de ces petites choses un peu désuètes qui participent à l’âme de l’expédition. Les IGN TOP 100 sont parfaites pour le cyclotourisme.

Manoeuvre de manipulation de carte niveau 1/10. Pour niveau 10/10 rajouter : vélo coincé entre els jambes qui tombe à cause des sacoches, du vent, un camion qui passe à côté, la pluie etc.


Partage

Je suis toujours super contente de trouver des retours sur un itinéraire. Alors je participe, à mon tour et à mon échelle, à la constitution de la grande base de données qu’est internet. Je partage donc ma trace, quelques photos et un petit compte-rendu. C’est trois fois rien et ça peut être d’une grande aide.

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